#Off2Africa Jour 3 Essaouira Maroc

Lundi 28 novembre 2016
Quelle belle journée c’était, du soleil du soleil du soleil. Du poisson grillé au port, un café servi dans un verre, la musique des Gnaouas sur la place…

Pourtant, je me suis réveillé avec une angoisse, en sursaut. Et puis ça passe… J’ai beaucoup marché. Je fais des kilomètres chaque jour, sans but, juste aller droit devant. Il faisait doux sur la plage, une excellente raison d’aller respirer le bon air et prendre des couleurs. Ça fait du bien à la peau.

J’ai déjà rencontré le vendeur de drogue (non, je ne pense pas qu’il soit judicieux de goûter à ton opium, mais merci quand même…), le barbier qui insiste pour me tailler la barbe, le marchand qui veut me montrer ceci et cela, le policier en civil (je savais bien qu’il ne fallait pas acheter d’opium…), les Italiens et leurs copines… Maintenant les boutiquiers m’appellent Gilles ou Moustaches, bref, je suis déjà bien connu dans la médina. Je me plais toujours dans le sud. Les gens ont moins dans le portefeuille mais plus dans le cœur. Je souris toujours et puis c’est de nouveau l’aventure. J’ai aussi commencé à penser aux prochaines étapes du voyage. Ce serait trop confortable de rester à Essaouira et je dois poursuivre mon chemin.

Avant que le soleil ne disparaisse, je suis passé au souk pour acheter des olives et du pain. Ça m’a fait mon repas. Avec une glace aussi. De retour dans mon cocon au riad, je regarde Timbuktu, un film de 2014 par le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako. Le thème principal de son œuvre est l’exil, le déplacement. Il peint l’Afrique avec des touches autobiographiques. En 2015, il devient le premier cinéaste africain à obtenir le César du meilleur réalisateur pour Timbuktu.

Le cinquième film de Sissako est inspiré par l’histoire vraie d’un jeune couple non-marié qui a été lapidé par des islamistes dans une région du nord du Mali. Pendant l’été 2012, le couple a été amené au centre de son village, placé dans deux trous creusés dans le sol, et lapidé jusqu’à ce que mort s’ensuive devant des centaines de témoins. Le film est tout autant dur à regarder qu’il est magnifique.

Au Mali, des islamistes envahissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, procèdent à des mariages forcés, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Malgré la férocité de leur répression, la population résiste avec courage, souvent au nom d’une autre conception de l’islam.

J’ai toujours voulu aller voir Tombouctou. Je suis proche de la Mauritanie, proche du Mali aussi, et mon anniversaire approche. Si je le passais à Tombouctou ? Mais la région n’est pas sécurisée. Depuis les bouleversements que vit le Mali, la « ville aux 333 saints » encourt le risque de disparaître, ses trésors et sa mémoire avec. Selon France Diplomatie (les couards qui n’ont rien fait pour me soutenir dans mes démarches avec l’Inde), l’état d’urgence, sur l’ensemble du territoire malien, a été prolongé le 30 juillet 2016 jusqu’au 29 mars 2017. J’avais initialement le projet de marquer mes cinquante ans en louant un shikara (les bateaux-maisons traditionnels) sur le lac Dhal au Cachemire mais, là aussi, les gouvernements se mêlent du bonheur des gens. Si seulement on nous laissait vivre notre vie comme nous l’entendons, sans contraintes idéologiques et religieuses, en paix !

« Ce n’est pas un hasard si le Songhaï, avec Tombouctou, sa principale ville, réalisa […] à la veille de la Renaissance européenne, la civilisation africaine la plus riche, sinon la plus brillante, parce que la plus humaine » disait Léopold Sédar Senghor.


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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