#Off2Africa Jour 9 Tan-Tan-Tarfaya Maroc

Dimanche 4 décembre 2016
Levé à l’aube ! Il ne faut pas rater le départ de 7:00 pour Tarfaya. Le bureau Supratours est encore fermé et aucun signe d’Abdullah. Un café tout proche ouvre ses portes, j’attendrai là-bas et n’aurai qu’à courir dès que je verrai le bus arriver. Tan-Tan s’éveille doucement, le ciel est violet puis jaune pâle, mais rares sont les gens qui s’aventurent déjà dehors.

J’embarque dans l’autocar Marrakech-Laayoune pour 212 kilomètres de route à travers le Sahara. Nous longeons l’océan, comme Saint-Exupéry suivait la côte pour se repérer en vol. Je n’ai pris avec moi que deux vrais livres (j’en parlerai plus tard) mais j’en ai plusieurs en version électronique. C’est moins poétique mais plus léger en voyage. Ma collection comprend notamment les trois premiers ouvrages de Saint-Exupéry : Courrier sud (1929), Vol de nuit (1931) et Terre des hommes (1939) que je me mets à relire, dans l’ordre chronologique.

Arrêté brièvement sur la route, j’ai juste le temps de faire une photo de la salle de prière pour mon élève Haroon. Les camions-remorques ont remplacé les caravanes de dromadaires, mais l’homme du désert porte encore son chèche pour se protéger du soleil et du sable. C’est en Mauritanie que j’apprendrai vraiment les codes secrets de ce foulard, comment le porter et surtout, quand et pourquoi on se dévoile ou non la bouche en conversant.

J’avais lu dans Le Petit Futé Maroc : « Tarfaya, sur le Cap Juby, est à l’image de sa situation géographique : à l’écart de tout, en dehors du temps. (…) Elle a symbolisé la résistance héroïque des populations du Sud aux invasions européennes pendant le XIXe siècle. Cette ville de 5 000 habitants est un petit port de pêche d’une grande tranquillité. Elle est habitée par des militaires, des nomades sédentarisés et des descendants de colons espagnols mystérieusement attachés à cette ville d’un autre monde. Peu de gens parlent français. » Il n’en fallait pas plus pour me donner envie. Les guides ne sont pas toujours fiables, mais dans ce cas précis j’ai bien fait de suivre le conseil et mon intuition. Me voici dans la ville où, en 1927, Saint-Exupéry fut posté comme chef d’escale de la ligne de la compagnie Latécoère (la future Aéropostale) ! C’est au cours de ce séjour qu’il rédige Courrier sud. Cette ville est étrange, j’adore. Je décide de prolonger d’un jour, mais j’aurais vraiment dû y rester bien plus longtemps…

Il est encore tôt, j’ai tout loisir de partir à l’aventure dans les rues de Tarfaya. Elles sont presque désertes, quelques enfants jouent à l’ombre des bâtisses aux façades écaillées, le musée Antoine de Saint-Exupéry est fermé (une raison supplémentaire de prolonger le séjour, car je ne veux pas manquer la visite) mais il se trouve à quelques mètres de l’ancienne piste de Tarfaya et de la plage. Ma balade est paisible, je glisse dans une langueur douce et bienfaisante. J’imagine ces hommes (et ces femmes !) qui ont réalisé le grand rêve de voler et de voir la terre de haut. Moi aussi, je fais mes repérages, je goûte juste un peu à tous ces lieux en sachant que, Incha’ Allah, je reviendrai les explorer demain : le musée, le monument dédié à l’histoire de l’aéropostale, et surtout la forteresse Casa del Mar, dont les ruines au beau milieu des vagues de l’océan me fascinent.

Je m’installe au soleil dans un café juste en face de l’arrêt des bus. Dans une rue proche, j’ai trouvé du bon pain marocain au sésame, tout chaud. La serveuse est aimable, elle m’apprend à commander mon café en arabe et sourira fièrement à chacune de mes visites, à chacune de mes tentatives de parler sa langue. Nous finirons par échanger plus longuement, mais ce sera pour demain. Je vois les bus arriver et repartir… Moi aussi, je voyagerai bientôt toute une nuit pour rejoindre le Sahara occidental (un territoire toutefois sous contrôle marocain) et Dakhla, qu’on appelait Villa Cisneros au temps de Saint-Exupéry.

Oui, je me sens bien au chaud et je ne suis pas le seul : un chat s’est posé dans la chaise à côté de moi et ronronne calmement. Je reste des heures, jusqu’à la nuit tombée, à siroter mon nous nous et à regarder passer les gens. Je crois que je ne vais plus rien faire du tout dans cette vie. Juste m’assoir comme un vieux qui regarde les gens passer.


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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