#Off2Africa Jour 10 Tarfaya Maroc

#Off2Africa Jour 10 Tarfaya Maroc © GILLESDENIZOT

Lundi 5 décembre 2016
Une journée mémorable qui commence par un petit déjeuner insolite : pain, olives, huile d’olive, confiture de piments et arachides. Une journée de solitude avec moi-même ; de lecture avec Saint-Exupéry, Kessel, Rilke ; d’amitié avec la Mum’s qui fête son anniversaire et que je surprends par un appel vidéo…

Je vais bien… Par moments, je me sens un peu seul mais ça fait partie de la vie du voyageur… Je suis justement tombé sur un article à propos de Rainer Maria Rilke (dont j’ai aussi emporté les Lettres à un jeune poète). Cela parle des difficultés dans la vie, comment elles nous font grandir l’âme, comment les grandes tristesses nous transforment et nous rapprochent de nous-mêmes. Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard et je sens particulièrement aujourd’hui la pointe de la tristesse, celle qui pique où ça fait (encore) mal, la nostalgie qui te surprend et t’engloutit. Ma vie en Inde me manque, je n’arrive pas encore à me défaire d’elle et surtout du sentiment d’injustice. Mais comme il n’y a pas de hasard, il doit bien y avoir une raison à ce bannissement imposé. Une raison ou un remède.

Encore une fois, le meilleur moyen de s’extirper de cette torpeur est d’aller de l’avant ! Je pars ce soir pour Dakhla. Les horaires des bus sont flous, je veux voyager de nuit (même si je vais de facto rater la découverte du paysage). Il semble y avoir un départ vers 20:00, une bonne dizaine d’heures de trajet. Bah, je dormirai ! Même le jour, je dors dans le bus. Je dors de plus en plus. C’est inhabituel pour moi mais je me laisse faire. Au moins j’éviterai une halte, cela me fera économiser une nuit d’hôtel, et je serai à Dakhla pour le lever du soleil. Il y aura aussi moins de contrôles de police, du moins je l’espère. J’ai fait plusieurs copies de mon passeport à Agadir, cela servira sur la route jusqu’en Mauritanie.

Dakhla est censée être une superbe lagune de sable et d’eau. Ensuite ça se corse… je vais essayer de passer la frontière avec la Mauritanie et rejoindre le Sénégal… Voyager dans la région est un peu risqué et je suis seul. Ce serait bien de trouver des gens qui font aussi le trajet depuis Dakhla. On verra bien… Insha’ Allah comme on dit ici. Ça va aller ! Au pire je reprends l’avion pour Casablanca et Dakar, mais je vais au moins essayer… J’ai réservé une chambre sur place, il n’a plus qu’à y arriver… J’ai aussi obtenu, pour 50 Dirhams (4,60€), de garder la chambre à Tarfaya jusqu’au départ du bus et j’apprends que le voyage Dakhla-Dakar via la Mauritanie est possible ces temps… on obtient le visa directement à la frontière… Yallaaaaaa! Gillou à Nouakchott!!!

Maintenant que les plans de la journée et de la suite du voyage sont arrêtés, je suis prêt à visiter le musée Saint-Exupéry et revoir Casa del Mar.

Le musée est désert. L’employé allume les lumières en somnolant avant de se rassoir. Je me régale à lire consciencieusement tous les panneaux qui expliquent la grande aventure du courrier postal entre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud. L’aviation m’a toujours fasciné, les aventures comme celles de Saint-Exupéry, Mermoz et les autres tout spécialement. Je me rends compte que je vais suivre, mais par la route, à peu près la ligne de l’Aéropostale : Agadir, Cap Juby (Tarfaya), Villa Cisneros (Dakhla), Port-Etienne (Nouadhibou), Saint-Louis, Dakar. C’est absolument involontaire, mais je réaliserai bien vite que, souvent, les meilleurs moments #Off2Africa seront ceux qui n’étaient pas prévus au départ. Lire les exploits des pionniers de l’aviation me donne de la force et m’inspire. S’ils ont réussi à survivre dans de telles conditions, seuls au milieu des éléments, alors moi aussi je peux bien surmonter les difficultés présentes de ma vie, faire grandir mon âme, mettre à profit ma grande tristesse pour me transformer, me rapprocher de moi-même. Je me souviens que mon père m’avait un jour dit : « Tu parviens toujours à transfigurer ce qui t’arrive. » Alors cette fois encore, je vais tenter de tourner la page et, qui sait ?, d’en écrire une nouvelle. La couverture du Petit Prince en hindi me fait sourire et un peu mal au coeur. J’avais partagé cet ouvrage avec mon ami Pradeep, et j’ai une pensée aussi pour Faraz de Mumbai, à qui j’envoie la photo. Celles et ceux qui rêvent de s’en/voler devraient le faire. Plus je voyage, plus je pense qu’il faut se sortir absolument de toutes les excuses si valables que l’on invoque. Et si le salut passait par le geste conscient et fou de s’arracher du confort de notre vie moderne, de ces réseaux sociaux si asociaux et de leurs distractions futiles ? Je suis ravi de ne pas avoir emporté mon ordinateur portable. Si j’avais osé, je serais même parti sans téléphone, mais j’avais une excuse valable… Prochaine fois !

La visite est dense. J’ai besoin de décanter toutes ces émotions et la plage est à deux pas. Par chance, elle est presque déserte, trois gamins s’essaient au surf mais renoncent vite. Je reste seul devant le beau bâtiment de la Casa del Mar et mon esprit vagabonde.

« En me promenant sur la plage hier, si vide, si nue, éternellement lavée par la mer, j’ai pensé que nous étions semblables à elle. Je ne sais pas bien si nous existons. Tu as vu, certains soirs, aux couchers de soleil tragiques, tout le fort espagnol, dans la plage luisante, sombrer. Mais ce reflet d’un bleu mystérieux n’est pas du même grain que le fort. Et c’est ton royaume. Pas très réel, pas très sûr… »

Courrier Sud, Antoine de Saint-Exupéry

 

Cette journée est vraiment magnifique. En fait, j’adore cette ville… je pourrais m’y installer et ne plus me soucier de rien. Je commence à savoir identifier ce signal typique : il ne faut surtout pas succomber à cette tentation. C’est encore trop tôt. Je dois avancer.

Je vais manger un peu et acheter mon billet pour Dakhla. Départ vers 19:45 ce soir, arrivée demain matin vers 6:00 heures… Je m’assure de ne plus avoir besoin des toilettes, je prends une douche et ferme mon sac… On part bientôt j’imagine mais le bus n’est pas encore arrivé.

Le bus est enfin là. Au revoir Tarfaya.


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

6 commentaires

  1. Oui. Ce 5 décembre, tu m’as appelée pour mon anniversaire. J’ai été plus qu’heureuse de cet échange. « La mum’s » s’est alors spontanément retrouvée dans un autre lieu, comme si le temps et l’espace n’existaient plus. En face d’elle, un Gilles qui ressemblait à un Petit Prince, le foulard noué autour du cou, flottant au vent.
    Et je t’ai alors raconté que St-Exupery, lorsqu’il survolait la région de nuit, n’avait pas besoin de ses instruments de navigation. La mer contient tellement de plancton dans cette partie du globe, que le ressac contre la terre crée une espèce de luminescence, un rayon qui ressemble à la queue d’une étoile filante, une ligne fluorescente qu’il suffit de suivre pour aller vers le sud.
    J’adore ton récit journalier, merci pour ce beau cadeau.

    Aimé par 1 personne

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