#Off2Africa Jour 13 Dakhla Sahara occidental – Frontière Mauritanie

Jeudi 8 décembre 2016 (1re partie)
Le soleil se lève sur Dakhla et je suis prêt à partir pour la Mauritanie. Brahim est là et a trouvé deux autres passagers donc tout va bien. Il s’éclipse brièvement pour la prière du matin, mais la voiture est chargée. Un plein d’essence, et en route !

Les contrôles de police se succèdent, nous les passons tous sans problème. Nous croisons un jeune gars avec sa guitare au bord de la route. Finalement, il y a toujours plus routard que soi… Un dernier coup d’œil à la belle lagune puis c’est tout droit ! La route est de très bonne qualité, je converse avec Brahim. Je remarque d’étranges monticules de pierres le long du chemin. Ils sont des deux côtés, à une petite distance de la voie goudronnée, espacés de quelques mètres les uns des autres. C’est aussi beau que leur raison d’être est triste : Brahim m’explique que ces monticules indiquent les zones déminées et sécurisées. Je ne vais pas entrer dans le débat politique ni vous parler du Maroc, du Sahara occidental, de la Mauritanie, du Front Polisario, de la Minurso, de l’ONU. Vous trouverez ici, ici, et ici des clés pour en savoir plus, si vous le souhaitez. En revanche, je vais vous dire ce que j’ai ressenti en passant dans cette région.

Le désert du Sahara est une splendeur. J’ai un faible pour les déserts en général, mais celui-là est vraiment particulier. Il se trouve qu’ont été publiés tout récemment les résultats d’une étude conduite par Jessica Tierney, spécialiste en géosciences à l’université de l’Arizona et son équipe de recherche. Il y a 11 000 ans commençait la période du « Sahara vert ». Pendant 6 000 ans, il a plu abondamment, on trouvait même des lacs, de la végétation et des populations. De nos jours, le Sahara est devenu la plus grande étendue chaude du monde, sur 9 millions de kilomètres carrés (l’Antarctique, 13 millions de kilomètres carrés, étant le désert le plus froid et le plus grand du monde, mais moi je n’aime plus le froid et donc mon choix est vite fait). Plus de 35% de la population mondiale vit dans un écosystème désertique. Cela veut dire que ce qui se passe dans le Sahara, une région âgée d’au moins 7 millions d’années, est un bon indicateur de ce qui pourrait se passer ailleurs, quand ce n’est pas déjà le cas. Richard K. Wright, du département d’archéologie et d’histoire de l’art à l’université de Séoul, est le premier à montrer que les activités humaines auraient déjà à l’époque du néolithique pu jouer un rôle déterminant dans la désertification du Sahara. Ça, c’est pour la partie scientifique et historique…

Moi, ce qui m’intéresse surtout, c’est l’impact de nos choix de vie sur l’être humain, sur nous-mêmes. Alors je vous le dis tout de suite, je ne suis pas parfait, et de loin ! #Off2Africa en bus, en taxi-brousse et autres moyens de transport, cela a certainement généré un sacré bilan carbone. Mea culpa, mea maxima culpa. Mais moi, en découvrant ces monticules de pierres le long de la route, j’ai pensé naïvement que c’était une coutume locale, qu’il y avait un type qui passait sa vie à charrier, puis à installer les rochers et faire en sorte qu’ils ne s’écroulent pas lors des tempêtes de sable. Un peu comme l’allumeur de réverbères du Petit Prince, vous voyez ? Eh bien ! non… Des hommes ont, un jour, décidé que telle partie du Sahara était à eux et pas aux autres hommes, ceux d’à côté. Alors pour empêcher ceux d’à côté d’en profiter, ils ont érigé un mur, l’ont hérissé de radars et de détecteurs électroniques, et ont posé des millions de mines, sans toutefois indiquer leur position. Evidemment, certains hommes ont perdus la vie sur ces millions de mines. D’autres hommes, un jour, se sont mis à identifier les coins dangereux et ont entrepris de neutraliser ces pièges, mais il y a en tellement qu’il en reste encore. Ces beaux monticules de pierres servent donc à mettre en garde. Voilà… c’est ça qui me touche. Le Sahara, cette étendue gigantesque, ces dunes à perte de vue, ce paysage impressionnant, eh bien ! on ne peut plus l’explorer que sur cette route goudronnée, au risque d’y perdre la vie. On est vraiment très doués pour se la pourrir, la vie.

Le petit prince eut un soupir de regret et se dit encore:
– Celui-là (l’allumeur de réverbères) est le seul dont j’eusse pu faire mon ami. Mais sa planète est vraiment trop petite. Il n’y a pas de place pour deux…

Tandis que, comme le petit prince, je poursuivais plus loin mon voyage, j’ai vu, et vécu ceci :

O2A010

C’est là que j’ai compris que, peut-être, il me fallait vivre comme le sable. Ma vie était en Inde depuis 5 ans (mes affaires personnelles y sont toujours puisque je n’ai pas été autorisé à y revenir et mes élèves se sont chargés de vider ma maison) lorsque je me suis retrouvé déraciné brutalement, perdu dans un no-man’s land et luttant de toutes mes forces contre cet exil. Il fallait plier pour ne pas casser, accepter de s’être laissé amener jusque là-bas puis poussé ailleurs, être assez présent pour se poser mais suffisamment léger pour flotter juste au-dessus de la surface. J’en étais absolument incapable. « Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort » écrivait Saint-Exupéry. Et donc, je suis parti en Afrique, dans le désert. En observant les dunes de part et d’autre de la route, le sable blanc qui touchait délicatement le goudron mais sans s’y attacher, j’ai eu l’impression que le vieux Sahara me donnait là une leçon de vie. J’ai essayé de faire résonner en moi cette sensation physique, émotionnelle, aussi longtemps que possible, car, même si je peux partager avec vous cette photo,

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.