#Off2Africa Jour 13 Frontière – Nouadhibou Mauritanie

Jeudi 8 décembre 2016 (2e partie)
Au bout de cette route goudronnée sur laquelle flotte le sable blanc du Sahara, il y a le poste frontière de Bir Guendouz. Je suis à l’extrême sud-ouest du Sahara occidental, sous contrôle marocain au moment de mon passage.

En Afrique, il faut toujours se tenir au courant de la politique car la situation peut changer rapidement, et pas toujours pour le mieux. Mais depuis le 26 février, le Maroc a fait savoir qu’il procédait « à un retrait unilatéral de la zone » de Guerguerat, à la frontière avec la Mauritanie.

Depuis Dakhla, nous avons donc suivi la piste la plus sûre (et la seule autorisée par les autorités) en traversant les zones déminées pour rejoindre Guerguerat. Le poste de Bir Guendouz propose son lot de contrôles divers, de fiches à remplir, de bakchichs que vous êtes comme toujours libre ou non de verser, et des tampons sur votre passeport. Il ne faut pas oublier de sourire et de plaisanter, si le préposé (garde, policier, militaire, douanier…) semble y être disposé, et faire comme si l’on avait passé cette frontière des dizaines de fois.

Au sud du mur marocain, et avant d’arriver au poste mauritanien PK 55, se trouve un no man’s land surnommé « Kandahar » (d’après la ville en Afghanistan), une zone démilitarisée avant la frontière avec la Mauritanie, que le Front Polisario inclut dans sa « zone libre ». Cette « zone tampon » est une bande de 5 kilomètres de large qui longe le mur de défense au sud et à l’est. Alors là, on se sent vraiment nulle part, entre une mauvaise piste, quelques baraques de pierres, des tentes, des drapeaux de la République arabe sahraouie démocratique (RASD, proclamée par le Front Polisario) qui flottent au vent, quelques pick-ups, quelques soldats en treillis. Ne surtout pas faire de photo (ou tout au moins ne pas se faire remarquer en les prenant… voyez plus bas) et rouler tant bien que mal vers le poste PK 55 qu’on voit au loin.

Les militaires mauritaniens connaissent bien Brahim puisqu’il passe souvent. Le chef de poste me salue et m’accueille même dans la plus pure hospitalité des hommes du désert, et je lui rends la politesse avec moult compliments. C’est le sésame pour passer sans problème de l’autre côté. Je visite les différents bureaux de police, d’immigration, de douane et, les formalités enfin accomplies, j’admire mon visa et tous ces nouveaux tampons sur mon passeport. Cela fait du bien cette autorisation d’entrée. Ah, si l’Inde pouvait s’en inspirer… Je m’assieds au soleil pour attendre que le dernier passager de Brahim ressorte. Je décline poliment les propositions des changeurs d’argent quand je remarque des militaires et leur chien qui tournent autour de notre voiture. Le beau Malinois s’approche de moi, me renifle puis se laisse caresser. Je n’ai rien à me reprocher mais on n’est jamais vraiment très calme dans ce genre de situation. En revanche, le soupçon que j’avais depuis le départ se confirme. L’un des deux passagers de notre véhicule semble transporter quelque chose qui agite considérablement le chien. Ils fouillent puis emmènent le type en question et son bagage dans un des bâtiments. Me voilà donc en plein désert, avec un co-passager au chargement probablement illicite, en plein soleil. Ça fera une belle anecdote quand je serai de retour…

Saint Bakchich a probablement du intercéder en sa faveur, car il revient après un certain temps avec Brahim, nous remontons fissa dans la voiture et passons la barrière. Je suis en Mauritanie !

Après le poste, la distance est courte pour rejoindre Nouadhibou. C’est à droite au croisement, sauf si l’on veut aller sur Nouakchott qui est sur la gauche. J’ai toujours aimé ces panneaux de signalisation, avec les noms des villes en arabe et le kilométrage. Je suis vraiment en Mauritanie ! Ce n’était pas prévu mais cela aura été un souvenir mémorable de mon voyage, et surtout l’occasion de rencontres inoubliables.

Je n’ai même pas de point de chute à Nouadhibou, mais Brahim m’emmène chez Ali qui tient le Camping de la Baie du Lévrier, en plein centre ville. Ce sera parfait, je suis dans la chambre 1, et dans celle d’à côté il y aura Leo. Ah, Leo c’est un bel échange, mais je raconterai ça plus tard. Monsieur Ali connait toutes sortes d’histoires sur la région. Evidemment, dès qu’il me parle de l’ancienne Port-Etienne et de l’Aéropostale, je suis toute ouïe ! Il sourira le lendemain de mon arrivée, quand je l’informe que je vais tout compte fait garder la chambre encore un jour, puis encore un jour… Finalement, il me dira : « Ecoute, quand tu auras décidé de reprendre la route, on fera les comptes ».

Pour remercier Brahim d’avoir si bien pris soin de moi, je l’invite à un bon repas au restaurant Pleine Lune et cela deviendra mon QG à Nouadhibou. Ils y proposent de bonnes pâtisseries, des croissants, du wifi gratuit, c’est à quelques pas de ma chambre et c’est ouvert jusqu’à minuit ! (Je passerai même de l’autre côté du comptoir un jour pour montrer au garçon comment vraiment faire du café…)

Rassasié, je me lance dans mon rituel d’exploration de mon nouveau quartier. Les marchés, les stands dans la rue, les mosquées, les animaux qui vagabondent, les gens surtout, en tenues traditionnelles, les hommes avec leur drâa et les femmes en melafah ! Je souris en découvrant toutes ces nouvelles images. Le soleil se couche, je me perds dans les ruelles, c’est si bon. J’ai un coup de foudre immédiat pour la Mauritanie et Nouadhibou. Et surtout, la journée va se terminer par un rare cadeau, de ceux qui te font penser que tout est déjà écrit et qu’il y a vraiment des gens que tu devais rencontrer, ou plutôt retrouver

Au Pleine Lune, pour un dernier café, je fais la rencontre de celui que je nommerai ici Taleb, le mystique, celui qui cherche la vérité… Quand nous décidons de suspendre notre dialogue et de le poursuivre le lendemain matin, la lune sera déjà bien haute dans le ciel…


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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