#Off2Africa Jour 18 Nouakchott Mauritanie – Saint-Louis Sénégal

O2A001Mardi 13 décembre 2016
Quelle aventure aujourd’hui ! Depuis Nouakchott en taxi, minibus, charrette à cheval, pirogue, taxi-brousse, la traversée du fleuve Sénégal et enfin le Pont Faidherbe pour entrer dans Saint-Louis !

J’ai quitté Nouakchott avant l’aube. Il faisait froid, un taxi m’a déposé au lieu de rendez-vous des mini-bus pour Rosso, le point-frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Par chance, un chauffeur était sur le départ. Je n’ai eu que le temps de me procurer un billet (mon nom y est inscrit en arabe) et de me coincer à bord, entre un jeune qui récite le Coran en habit traditionnel et un autre vêtu façon hip hop Made in Africa. Je ne suis pas fâché d’arriver enfin, après 200 kilomètres de route plutôt mauvaise, de multiples contrôles de police et autres fouilles de bagages. On n’est pas sorti du véhicule que déjà la horde de passeurs me saute dessus…

Autant le dire tout de suite : le passage de la frontière entre Rosso en Mauritanie et Rosso au Sénégal, c’est l’enfer. On a l’impression que tous les escrocs de la planète s’y retrouvent. Leurs proies de prédilection : l’étranger évidemment, mais aussi le Mauritanien et le Sénégalais qui veulent chacun se rendre de l’autre côté du fleuve. Tous les voyageurs sont susceptibles de rapporter de l’argent, la chasse est donc ouverte toute l’année ! C’est un moment désagréable à passer. Je commence par me dégourdir le corps, ankylosé par la route et l’inconfort du transport. Comme je ne me lance pas immédiatement dans les tractations avec les passeurs, ils se désintéressent rapidement et, ne voulant pas perdre une affaire, se rabattent sur les autres passagers. Finalement, je conclus un prix modique avec le jeune gars et on s’élance dans les rues de Rosso. Le poste-frontière n’est pas loin, on peut y aller à pied, mais pourquoi se priver du plaisir du trajet en charrette à cheval ?

J’échange mes Ouguiyas contre des Francs CFA, au noir évidemment (sans payer le fameux bakchich « pour le thé ») et je me lance dans le dédale administratif et géographique du poste. Alors là, voyager seul c’est une plaie. Impossible de confier son sac à un compagnon de route, il faut faire attention à tout, rester extrêmement alerte. Ma tenue de voyage est bien rodée, les poches sont cachées et l’argent réparti en plusieurs endroits. Je joue plutôt bien mon rôle de voyageur habitué à la traversée, mais intérieurement je suis tout de même un peu nerveux. Je laisse mon passeur se démener pour faire tamponner mon passeport, mon carnet de vaccinations, tel ou tel autre document exigé. Je suis plutôt fier de l’avoir démasqué, lui et ses acolytes qui voulaient savoir combien d’argent je transporte, m’obliger à changer des sommes faramineuses sous peine d’être refoulé par le Sénégal. Même les agents des douanes, de gendarmerie et de police sont corrompus. Tout est bon pour te faire peur et te menacer de représailles si tu n’obtempères pas. Bref, c’est l’enfer mais il faut garder son calme.

Finalement, je me retrouve à bord d’une pirogue pour la courte traversée du beau Fleuve Sénégal. Je souris en voyant la jungle du poste mauritanien s’éloigner, le soleil transforme la surface de l’eau en mer de diamants, il y a de l’air et je reprends mon souffle avant d’affronter l’administration sénégalaise…

Sur l’autre rive, les tracas administratifs et les tentatives de soutirer de l’argent recommencent. Je refuse de m’assoir dans ce bureau sordide, je refuse de montrer mon argent, je refuse de me soumettre à toutes les injonctions. Mais toujours avec le sourire. Ça ne prend pas, allez vous défouler sur le prochain toubab. De guerre lasse, on me tamponne une dernière fois mon passeport et je traverse la barrière. Je suis au Sénégal ! Un type m’emmène à la station de taxis-brousse et je trouve une place pour Saint-Louis. Les gamins sont déjà là, hagards et en haillons, avec leur boite en fer blanc, à mendier pour une pièce. Leurs parents les ont confiés aux marabouts pour qu’ils étudient, mais au lieu de cela, ces derniers les jettent dans la rue pour ramener de l’argent. C’est la cour des miracles, on en verra partout au Sénégal. C’est si facile d’abuser un enfant, un élève, des parents, en Afrique comme en Inde. On y reviendra.

J’ai hâte de pouvoir partir de ce lieu. La voiture n’est pas pleine et c’est tant mieux car je suis sur la banquette arrière, connue pour être la pire. On se met en route quand même, direction Saint-Louis. Un grand moment que cette partie du tronçon, un pur exemple de taxi-brousse bien défoncé. Moi cela m’amuse, après l’épisode de la frontière.

En Afrique, le pire peut toujours arriver. Début mars 2017, un véhicule a pris feu à l’entrée de Saint-Louis : plus d’une dizaine de morts, des corps calcinés. Il parait qu’en Guinée, la route encore plus dangereuse et difficile. Effectivement, je confirme mais vous lirez ça plus tard. Nous ne sommes qu’à une centaine de kilomètres de Saint-Louis du Sénégal, encore une des étapes mythiques de l’Aéropostale.

La ville de Saint-Louis (Ndar en wolof) est située sur une île et le pont Faidherbe est l’unique point de passage. C’est une majestueuse et emblématique construction qui enjambe le fleuve Sénégal. Nous traverserons le pont ensemble et irons explorer l’ancienne cité coloniale. Tout n’a pas été joli dans la première ville fondée par les Européens en Afrique occidentale. Ce sera l’occasion d’étudier un peu ce qui s’est passé dans ce comptoir de commerce français, resté important jusqu’en 1957. C’est là que je vous laisse jusqu’à demain.


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit.  En voici d’autres…

4 réflexions sur “#Off2Africa Jour 18 Nouakchott Mauritanie – Saint-Louis Sénégal

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