#Off2Africa Jour 28 Dakar Sénégal

#Off2Africa Jour 28 Dakar Sénégal

Vendredi 23 décembre 2016
L’exploration de Dakar continue par le Plateau, le centre de la ville. Au programme : la chasse aux miracles aquatiques, trouver un billet de ferry pour la Casamance, essayer des boubous…

Pour l’instant, c’est petit déjeuner dans le jardin avec les mouches. Elles sont extrêmement excitées par mon pain brioché trouvé dans une petite boulangerie de Yoff.

Le ciel est si bleu tôt ce matin pour ma balade en bord de mer. Il fait frais et je marche, pieds nus dans l’eau, jusqu’au mausolée de Seydina Limamou Laye. C’est jour de prière à Dakar et le vendredi, c’est aussi la photo d’un lieu emblématique de l’Islam que j’envoie toujours à mon élève Haroon. Nous allions souvent ensemble à la mosquée de Kodambakkam pour Namaaz et je pense à Haroon toujours un peu plus les vendredis.

Le mausolée est, depuis 1909, la dernière demeure de Seydina Limamou Laye, une grande figure de l’islam au Sénégal, connu sous le nom d’imam Mahdi. Il naît en 1843 à Yoff et fonde à 40 ans la confrérie soufie des layènes. En approchant, je ne peux manquer le panneau qui met en garde les passants : LIEUX SAINTS – INTERDICTION DE FAIRE DU SPORT ET ACCOUPLEMENTS. À Mumbai aussi, il y avait ce genre de panneau sur la corniche. Ce dimanche 27 août, le Dr Baytir Sene Lahi donnera d’ailleurs une conférence intitulée : La jeunesse musulmane face à la dépravation des moeurs. Les jeunes iront taper le ballon (et s’accoupler, pour le plus hardis) de part et d’autre du lieu saint. Les fidèles invitent à les baigneurs à se couvrir en passant devant le bâtiment; ils nettoient la section de sable où, inexorablement, la mer repousse les déchets quotidiens.

On dit que la maison de l’imam Mahdi accueillait de nombreux fidèles. L’étroitesse des lieux se fit sentir avec acuité, lorsqu’une nuit les vagues furieuses de la mer, propulsées par une marée haute pénétrèrent brusquement dans les chambres, inondant toute la maison. Les plaintes de ses hôtes furent entendues, puisque le lendemain Limamou se rendit au bord de la mer, accompagné de plusieurs adeptes. Il traça une ligne sur la plage y fit planter des bouts de branches d’arbres, puis s’adressant à la mer, il lui intima l’ordre de ne plus franchir cette barrière. A ses adeptes émerveillés, il dit: « La mer ne me désobéira pas, car elle me connaît, elle connaît mon grade auprès de Dieu; d’ailleurs elle n’était entrée dans la maison que pour en nettoyer les souillures… »

Les colons français, craignant son influence, tentèrent sans succès de déporter Seydina Limamou Laye au Gabon. Ils l’amenèrent donc sur l’île de Gorée (où je me rendrai le lendemain) avec son serviteur Abdoulaye Diallo et l’y laisseront trois mois.

À son retour, Seydina Limamou Laye continuera à enseigner et à prêcher la droiture et un culte religieux « propre et sincère », débarrassé des traditions qu’il jugeait non conformes à l’islam. Son fils, Seydina Issa Laye, invitera lui aussi la population à davantage de sincérité et de pureté dans les prières et à continuer à observer les rites musulmans. Il parait qu’il fut même décoré par l’État français. À quoi bon être rancunier à l’encontre de ceux qui, jadis, avaient exilé son père…

Diamalaye est un lieu propice aux miracles, souvent liés à l’eau. En 2011, quelques dizaines de dauphins se seraient subitement approchés de la plage où l’on commémorait le 131e anniversaire de l’Appel. El Hadji Seydina Issa Laye Diop explique : « L’eau de mer s’est dessalée pendant les trois jours où son âme quittait son corps et qu’on attendait que son fils Seydina Issa Laye dirige la prière mortuaire. C’est un vieux du nom de Abdoulaye Diagne Mbekh, en faisant ses ablutions, qui l’a découvert. Ensuite, tout le monde a investi l’océan pour se désaltérer. » Le phénomène se répète aussi en 1999 et même en 2013 lorsqu’un « puits miracle » apparaît à la place Diamalaye de Yoff. Un groupe de cinq hommes veillent à la distribution volontaire et gratuite de l’eau potable. Et la série ne s’arrête pas là puisqu’en 2016, Ibrahima Sow, une habitante du quartier, déclare que l’imam Seydina Limamoulaye et Serigne Touba ont été aperçus sortant de la mosquée de Yoff Layeene…

Croyez ou non les légendes, il est temps d’aller faire un tour du côté de l’embarcadère pour la Casamance ! Malheureusement, je ne bénéficie d’aucun miracle : tous les billets sont vendus, il n’y a aucune place sur le ferry pour Ziguinchor avant janvier 2017. Eh bien ! On attendra l’an prochain puisque rien ne presse.

J’emprunte l’Avenue de la Libération en direction du Plateau, le quartier le plus moderne de la capitale et l’un des ensembles les plus européanisés d’Afrique. J’admire la gare ferrovière. Vous vous souvenez ? Voulue par Faidherbe, la ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis, première gare ferroviaire de l’Afrique de l’Ouest, était inaugurée le 6 juillet 1885. On pouvait aussi rallier Bamako au Mali en 36 heures, une fois par semaine. Je passe d’ailleurs par le Marché Malien (à ce moment, je n’ai pas encore décidé d’aller au Mali…) et le Grand Théâtre National de Dakar avec sa salle principale de 1800 places, conçue dans le style d’un théâtre italien classique.

Mais je m’éloigne encore du centre, alors demi-tour pour retrouver la rue Carnot, aller voir l’Institut français de Dakar et son fromager centenaire (l’arbre, pas le marchand), avant de m’attabler dans un vieux café pour un jus de ditakh, un fruit de saison. Cela fait penser au jus de kiwi et la serveuse me le recommande en souriant : « C’est excellent en cas d’effort physique ou de coup de fatigue en plein milieu de la journée. » Une délicieuse découverte !

Désaltéré, je m’enfonce dans le dédale de rues et déniche LA fabrique de bazin, ce célèbre tissu africain notamment utilisé pour confectionner les boubous. S’ensuit une magistrale séance de marchandage avec les vendeurs pour finalement choisir un boubou violet avec broderies.

Avant de rentrer dans mon petit village de pêcheurs, je rends visite à mon amie Singrid qui passe quelques jours au Sénégal. C’est la première fois que je parle à une connaissance depuis mon départ, et le luxueux patio de son hôtel contribue au bien-être du moment.

Il fait nuit noire quand je rejoins Yoff mais j’ai encore suffisamment de force et de curiosité pour profiter de l’animation des tambours, des chanteurs et des danseurs dans la rue…

 


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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