#Off2Africa Jour 32 M’bour Sénégal

#Off2Africa Jour 32 M'bour Sénégal © GILLESDENIZOT

Mardi 27 décembre 2016
Le voyage est source de découvertes, un rite d’initiation aussi simple que de partager un thiep avec les femmes du coin…

Partout où je vais, je veux rencontrer des hommes et des femmes, m’assoir avec eux et les écouter, comprendre un peu qui ils sont et ce qu’ils vivent. Souvent, cela commence par un bana-bana qui tente de me vendre sa came, une femme qui propose des fruits et de l’eau fraîche. Ils parcourent la plage de long en large dans l’espoir de se faire remarquer par les touristes affalés sur leur transat. Si le vigile n’est pas attentif (ou s’est laissé amadouer), ils s’approchent, lancent le traditionnel « Bonjour, ça va ? » et, accroupis ou assis dans le sable, ils déploient leur marchandise. Le marchandage peut commencer…

Non, je ne veux rien acheter, mais je veux bien discuter avec eux. Surpris par la tactique, les plus décidés entrent dans le jeu et nous parlons. Il y a un type en particulier qui m’a repéré. Très inventif, Mohamed surgit de partout avec de nouvelles marchandises pour me tenter. Il se surpasse en revenant avec une mallette d’homme d’affaires qui regorge de copies de montres de luxe. C’est probablement sa tentative de la dernière chance. Ce qui suit va le désarçonner temporairement…

– Mon frère ! Ça va bien ? Regarde les belles montres ! Pas cher !

– Mon frère ! Ça va bien, et toi ? Je ne porte pas de montre. Moi, ce que j’aime, c’est ton vêtement Baye Fall ! Si tu me trouves le même, on discute…

Alors là… que je puisse préférer son habit traditionnel bariolé (la Njaxaas, symbole de tolérance) aux copies de luxe, vraiment c’était du jamais vu ! Les vrais commerçants pourraient vendre des frigidaires aux Esquimaux… Mohamed relève le défi et s’en va…

Je vais m’arranger pour passer un moment avec Mohamed, il va certainement pouvoir me parler des coutumes Baye Fall, peut-être aussi du Kankourang. Ce masque d’initiation des mandingues de la Sénégambie fait partie des traditions encore vivaces du coin, jusqu’au Mali. Je sais que la communauté mandingue de M’bour perpétue la cérémonie de la circoncision au cours d’une période d’initiation. Les adolescents séjournent dans le bois sacré pendant un mois dans le but de devenir des hommes. Le Kankourang est un personnage mythique qui parcourt les rues de M’bour pour protéger les jeunes circoncis. Objet d’attraction, de curiosité et de crainte, il est l’un des rares masques africains entièrement couverts d’écorces rouges.

En Afrique du Sud, on pratique encore le rituel d’initition Xhosa. Les adolescents, reclus dans une hutte, deviennent des initiés au cours de cérémonies traditionnelles qui se déroulent pendant une huitaine de jours à l’écart de la société. Un homme procédera à la circoncision puis chaque initié sera formé par un instructeur avant de retourner, adulte, à la ville. INXEBA (The Wound, ou Les Initiés en français), le film du réalisateur sud-africain John Trengove (assisté du chercheur Thando Mgqolozana comme co-scénariste) brave le secret de l’initiation et montre, en images parfois brutales, le conflit entre croyances traditionnelles et vie moderne.

Ne manquez pas de découvrir ce film, inspiré du roman A man who is not a man de Thando Mgqolozana, et surtout son comédien principal : le chanteur sud-africain Nakhane Touré.

Fog, la première vidéo officielle de Nakane Touré a été tournée en une seule prise par le réalisateur sud-africain Mark Middlewick. Celui-ci signe aussi la vidéo In the Dark Room, filmée dans une cellule de prison de Constitution Hill, là où furent emprisonnés notamment Gandhi et Mandela…

Je retrouve Mohamed au petit boui-boui. J’y suis venu avec les femmes de la plage, celles qui tressent les cheveux des touristes. Elle m’ont proposé de les accompagner et nous avons partagé un thiep dans le plat commun, avec les doigts. Ça crée des liens particuliers ! Elles n’ont rien, à part des maris qui ne travaillent pas vraiment, des enfants qu’elles tentent d’élever tant bien que mal. L’une d’elles est enceinte mais elle continue de parcourir la plage pour vendre quelques bricoles. Elle aimerait bien envoyer son fils dans une bonne école, alors il lui faut travailler.

Il n’est pas difficile de remarquer dans la rue les femmes qui vendent leur présence à certains toubabs ventripotents. Le coin traîne une réputation sulfureuse de prostitution, voire pire…

Une ribambelle de gamins passe en courant. Y aurait-il un beignet ou deux à grappiller ? Je pense à leur vie ici, à leurs rêves d’un ailleurs. Quelles sont leurs options, sinon partir, devenir comme Mohamed le bana-bana le plus astucieux de la Petite-Côte, ou se faire remarquer par les sélectionneurs des équipes de football d’Europe…


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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