#Off2Africa Jour 47 Bignona Casamance Sénégal

#Off2Africa Jour 47 Bignona Casamance Sénégal

Mercredi 11 janvier 2017
L’exploration des bolongs du fleuve Casamance, et une ribambelle joyeuse de gamins en guise de dessert…

Éveillé à l’aube, j’ai profité seul du lever du soleil sur le fleuve. De minute en minute, les couleurs changent et même si le temps restera couvert (et plutôt froid le matin), je ne me lasse pas du panorama.

Aujourd’hui, Ousmane m’emmène dans sa pirogue. Nous nous sommes donnés rendez-vous à 9 heures (en Afrique, comme toujours, le temps est relatif…) pour explorer les bolongs (méandres du fleuve Casamance), l’île aux oiseaux, et des villages enfouis au cœur de la forêt subtropicale.

À peine avons-nous quitté la rive que la voix d’Ousmane, qui me signalait les bancs d’oiseaux, change de couleur. Nous contournons une épave de navire échoué : le Salina. Il appartenait à un toubab, l’Anglais Robert Thorne, qui l’avait acheté pour 70’000 livres. Thorne, qui n’était même pas navigateur, s’était lancé dans un commerce peu reluisant : acheminer discrètement des Africains vers les Canaries. Lorsque les autorités sénégalaises ont arraisonné le Salina, 80 personnes étaient déjà dans les cales, révélant au grand jour le trafic digne d’un remake d’Amistad. Vous apprendrez tout de l’affaire en regardant ce court-métrage.

Plus haut sur le fleuve se trouve l’ancien embarcadère d’Affiniam, un comptoir qui porte bien son nom d’origine Joola : Atignam signifie « Il m’a bouffé ». Là aussi les toubabs de l’époque coloniale ont abusé des populations locales par des échanges commerciaux loins d’être équitables.

Il y a aussi le scandaleux barrage, construit en 1988 en partenariat avec nos amis les Chinois. À Noudhibou, ces derniers ont pillé les richesses sans remplir leur part du contrat ; il vient maintenant d’être annoncé que la Chine accorde une subvention de 29 millions de dollars pour la santé dans le cadre d’une coopération économique et technique avec la Mauritanie… En Guinée aussi, 20 milliards de dollars américains seront prêtés sur 20 ans par la Chine pour financer la construction d’infrastructures. En échange et pour rembourser, les entreprises chinoises se verront accorder des permis et des concessions minières. Un accord de financement dont certains contours n’ont pas été encore dévoilés… N’en déplaise à nos amis les diplomatiques officiels du Quai d’Orsay, restés enlisés dans les sables néo-coloniaux et le doucereux refrain de « La Françafrique », la France n’est plus l’acteur principal, et pourtant :

La France vit encore comme si en Afrique, elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas Français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. « La force qui nous manque » par Eva Joly. Editions des Arènes (Paris) 190 pages.

Bienvenue en Chinafrique… Godfrey Mwampembwa, caricaturiste connu sous le nom de « Gado » analyse : « C’est toujours la même histoire : la Chine conquiert l’Afrique, mais quel profit en tire l’Afrique ? » Dans l’un de ses dessins, il représente les chefs d’état africains en lilliputiens secouant leurs mains devant un énorme visage chinois. Et la légende « Nous sommes des partenaires égaux. »

Le barrage d’Affiniam, en pleine mangrove, a dévasté la région : il n’y a plus de poisson et la sécheresse s’est emparée des lieux. Il m’a fallu abandonner la pirogue et marcher des kilomètres pour rejoindre le village. Casamance, une terre entre les mains des hommes ? Après les Portugais et les Français, comment dit-on « Il m’a bouffé » en chinois ?

Dans le village, je me balade et passe du temps avec un jeune du coin. Il me raconte la même histoire que dans le court-métrage Salina : l’espoir de faire carrière comme footballeur, les sacrifices de sa famille pour payer l’exorbitante somme pour le voyage clandestin en pirogue de bois puis en chalutier, l’arrivée en Espagne, le refoulement vers le Maroc, le retour au Sénégal pour les moins infortunés… C’est un crève-cœur mais il compte bien repartir et, cette fois, réussir…

Nous passons entre les plantations de calebassiers, de bananiers, de manguiers. Il y a de la terre libre. « Tu pourrais avoir un bout de terre ici, tu sais ? Y construire ta maison et y vivre… » me dit-il. Alors je la construirais comme le campement Diaméor Diamé, sur la base des plans de la case à impluvium d’Enampore. Je décide d’y manger et nous goûtons au thiep préparé avec le fameux riz de Casamance.

En guise de dessert, et avant de reprendre la pirogue, je visite l’école. Elle accueille et regroupe les enfants de plusieurs villages de Casamance. Lorsqu’ils m’ont aperçu, les gamins se sont mis à courir vers moi en criant : « Toubab ! Toubab ! » et ils se relayaient pour me tenir la main ou le bras sur le chemin.

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#Off2Africa Jour 47 Bignona Casamance Sénégal

Je crois n’avoir jamais été aussi joyeux en Afrique. Ah si, je vous parlerai de mes amis Marla et Kalil, du petit Baba, de leur campement et de leur organisation Shouting Fire à Conakry ! Allez déjà les suivre sur Instagram


Durant #Off2Africa, j’avais pris pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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