#Off2Africa Jour 52 Boké – Boffa Guinée

#Off2Africa Jour 52 Boké - Boffa Guinée

Lundi 16 janvier 2017
Les voies des aventuriers se croisent parfois ; les récits des explorateurs d’antan accompagnent celles et ceux qui parcourent à présent ces territoires reculés…

Après avoir traversé à pied le Rio Nuñez et atteint Boké, je me suis attablé dans un boui-boui sur la route. Je suis couvert de terre, les pieds trempés, mais fier de ce que je viens de réaliser. Tous ces kilomètres parcourus en motocross à travers la forêt, entre deux pays, c’est pour moi une grande première.

Boké n’est qu’une étape sur la route de Conakry ; les amis motards m’organisent facilement une voiture pour continuer vers Boffa. Je suis le premier passager, sur le siège avant. Nous nous arrêtons souvent en périphérie de la ville pour embarquer d’autres voyageurs et tout ce joyeux monde s’entasse dans le véhicule, comme de coutume en Afrique.

Ce bout de côte en Guinée maritime, entre Boké et Boffa, témoigne du passé colonial dont il subsiste quelques vestiges. Faidherbe s’installa à Boké en 1865 ; le fort, sordide lieu de détention construit en 1878 puis transformé en musée en 1971, accueille maintenant un monument à la mémoire de René Caillié.

S’il existe de nombreux blogs de voyages, tous plus merveilleux les uns que les autres (j’en recommande d’ailleurs quelques-uns en bas de ce site), nous ne pouvons qu’être inspirés par l’audace de l’aventurier René Caillié !

Un grand marcheur celui-là : cela commence par 40 kilomètres parcourus, à 16 ans, entre Mauzé-sur-le-Mignon et Rochefort. Mais de plus reculés territoires l’attirent. Caillié embarque donc le 17 juin 1816 sur le navire La Loire pour rallier Saint-Louis du Sénégal, sur ordre de Louis XVIII. Cette division de quatre bâtiments militaires comportait notamment la frégate La Méduse, dont le naufrage le 2 juillet 1816 sur le Banc d’Arguin au large de la Mauritanie actuelle (vous vous souvenez ?) et le radeau homonyme inspirèrent la célèbre peinture romantique de Géricault. On peut toujours l’admirer au Musée du Louvre…

Après quelques mois au Sénégal, Caillié tenta sans succès de rejoindre (à pied toujours, une alternative probablement plus sûre que la voie maritime) une expédition anglaise en Gambie, sur les traces d’un célèbre explorateur écossais… Il se contentera d’une traversée (gratuite !) de l’Atlantique jusqu’en Guadeloupe. (J’évoquais récemment à Genève avec mon amie Muriel les possibilités de faire à mon tour cette expérience…) Aux Antilles, Caillié – qui a déjà lu Robinson Crusoé – découvre Voyage dans l’intérieur de l’Afrique, le récit de Mungo Park, le premier Européen à atteindre le fleuve Niger et à visiter ce qui est actuellement le Mali (je reparlerai ici des deux…) Outre Muriel, j’ai eu le plaisir de revoir mon ami Christopher et de l’entendre mentionner son aïeul, Mungo… dont j’avais emporté les ouvrages dans ma tablette. Si cela vous intéresse, ils sont disponibles gratuitement ici. Les voies des aventuriers sont mystérieuses…

Caillié aurait dit « C’est un rêve, n’est-ce pas, mes aventures ? » Je partage depuis longtemps l’un de ceux-ci ; malgré toutes les mises en garde, l’explorateur de 26 ans se met en marche (littéralement) le 19 avril 1827 et traverse le Fouta-Djalon à pied depuis Boké, Kouroussa et la Côte d’Ivoire, jusqu’à Tombouctou qu’il atteint le 20 avril 1828. Comme aujourd’hui, cette ville était dangereuse et interdite aux chrétiens. Qu’à cela ne tienne, Caillié intègre un groupe de Maures, apprend leurs coutumes ainsi que quelques rudiments de langue arabe afin de passer incognito. Il s’applique aussi à déchiffrer le Coran dans un exemplaire qu’il annotera abondamment. Caillié n’est pas le premier Européen à rejoindre la « ville aux 333 saints » (jusqu’alors seulement connue d’après la description d’un voyageur du XVIe siècle, Léon l’Africain), mais il est le premier à en faire une description dans son Journal d’un voyage à Tombouctou. Après deux semaines de séjour, il se joint à une caravane d’esclaves qui remonte vers le Maroc à travers le Sahara et découvre Fès qu’il estime être « la ville la plus belle vue en Afrique. » Jules Verne dira que Caillié est le « plus intrépide voyageur des temps modernes » ; il est aussi de ceux qui s’élèvent contre l’esclavage et la condition des femmes. Vous comprenez maintenant pourquoi René Caillié fut, comme Saint-Exupéry, une inspiration pour mon périple démarré à Fès et terminé à Abidjan. Les voies des aventuriers se croisent parfois…

La voiture descend toujours en direction de Conakry et s’arrête à l’entrée du Rio Pongo, dans la petite ville de Boffa. Voici encore un lieu important de la traite négrière, on trouve plusieurs ports sur le fleuve Fatala où mouillaient les navires des esclavagistes. L’administration coloniale s’emploiera aussi à imposer la religion à ces peuples. Le Petit Futé nous apprend que Coulon Katty, roi du Rio Pongo, avait confié à Faidherbe le soin de convertir ses trois fils vivant au Sénégal. Coulon Katty décédé, ceux-ci cédèrent à Faidherbe un terrain, où il fit construire une église en 1877. Après qu’un incendie l’eût ravagée, Saint-Joseph, la plus ancienne église catholique de Guinée, fut reconstruite en pierre en 1897.

La capitale de Guinée est proche ; le soleil descend lentement sur Boffa, sur les voies de son dernier aventurier…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici une autre…
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