#Off2Africa Jour 56 Conakry Guinée

#Off2Africa Jour 56 Conakry Guinée

Vendredi 20 janvier 2017
Vous afficherez votre piété de pacotille cependant que, impitoyables et tournant le dos, vous moquerez vos petits frères en humanité…

Ma requête l’avait surpris. Que je souhaite l’accompagner à la grande mosquée, Monsieur Camara ne l’avait pas imaginé.

Prescrite par le Coran dans la sourate 62, la prière du vendredi est le temps fort de la semaine musulmane : « Ô, vous qui avez cru ! Quand on appelle à la prière du vendredi, accourez à l’invocation d’Allah et laissez tout négoce. »

À Chennai, je suivais souvent mon élève Haroon pour Namaaz. Nous nous habillions de blanc et marchions vers Rahima Masjid, une petite mosquée de Kodambakkam. Là, je devenais l’élève : j’observais Haroon procéder aux ablutions rituelles et me laissais guider pour les accomplir à mon tour. Les fidèles, eux aussi surpris, oubliaient bien vite l’étrangeté de la scène et semblaient apprécier l’esprit de curiosité respectueuse qui m’animait.

Seuls quelques mois séparent mes deux photos, l’une à Chennai et l’autre à Conakry… Je porte le même kurta de Bombay, celui que m’a offert mon élève Anoushka, et vous décèlerez ce que vous voudrez dans mon regard…

Avec ses 400 à 500 millions de musulmans, l’Afrique regorge de lieux de culte islamiques. La mosquée Fayçal de Conakry, ouverte en 1982, est la plus grande d’Afrique de l’Ouest. Elle peut contenir 12’500 croyants (dont 2’500 femmes à l’étage) tandis que l’esplanade double cette capacité globale, en cas d’affluence. 25’000 personnes, c’est aussi ce que la cour de la mosquée Jama Masjid de New Delhi, la plus grande de l’Inde, peut accueillir. Le gigantisme de la mosquée Fayçal rend certainement sa gestion délicate et le noble édifice est en bien piteux état. Pendant que l’eau coule à travers la toiture, l’Arabie saoudite et le Maroc se relaient à déverser toujours plus de capitaux, dans un climat délétère de malversations.

Les tapis ont été remplacés par les mendiants, les infirmes et autres camelots qui clopinent vers les visiteurs pour glaner de la menue monnaie. Car la sadâqa, aumône « courante », libre et personnelle, est recommandée non par le Coran mais par le droit et l’usage. Aussi ai-je préparé quelques billets. J’en donne une partie à un jeune homme cul-de-jatte qui se fraye péniblement un chemin entre les hommes qui prient autour de moi.

« Prélève une aumône sur leurs biens pour les purifier et les relever de leurs péchés. Prie pour eux : tes prières les apaiseront, car Dieu entend et sait tout » prescrit la sourate 9, 3. Obligatoire pour le musulman adulte qui en a les moyens financiers, la zakât est le « droit divin » octroyé par Dieu à ceux qui n’ont rien sur les biens des autres. Évoquée plus de 70 fois par le Coran, elle est inséparable de la prière.

Parmi les visiteurs de la modeste mosquée de Kodambakkam se trouvaient toujours quelques visages connus. Nous étions tous employés par A.R. Rahman ; ils le sont peut-être encore, je ne le suis plus. Je percevais bien les regards fascinés de la foule, l’envie de toucher de près le prestige prêté à cet homme converti à l’islam et officiellement épris de soufisme. En guise de faire-valoir, le portrait du maître spirituel et ses préceptes régissaient l’apparence extérieure du conservatoire. Derrière cette façade convenue, maculée d’empreintes boueuses de mains, d’encens suffocant brûlé chaque vendredi dans les couloirs, ni sadâqa ni zakât ne trouvaient refuge. La mère de Haroon perdait inexorablement son combat contre le cancer ; il fallut un donateur anonyme pour pallier le refus implacable de l’administration et régler le solde de ses frais d’études. J’avais naïvement espéré que son appel à l’aide provoquerait un élan de générosité, mais le troisième pilier de l’islam fut commodément ignoré.

« Que se passe-t-il si un croyant s’exempte de ces pratiques pour des raisons autres que celles autorisées ? C’est son choix, et en théorie, cela ne concerne que lui et Dieu. L’islam est a priori une relation personnelle où le croyant se soumet à la volonté du Dieu unique. »

« En Afrique, pauvreté et exclusion conduisent les jeunes à l’extrémisme musulman » pouvait-t-on récemment lire dans la presse. Le 7 septembre 2017, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) publiait un rapport sur les facteurs qui incitent les jeunes Africains à intégrer les groupes extrémistes. Les jeunes qui ont participé à l’étude exprimaient leur frustration et leur sentiment d’être abandonnés par le gouvernement de leur pays. Le directeur du bureau Afrique, Lamine Mar Dieye, faisait remarquer que la pauvreté, la marginalisation et l’ignorance ont toujours comme solutions, l’éducation (relire mon billet d’hier) et la création d’emplois pour les jeunes.

Il serait judicieux de mettre sur pied au plus vite une véritable politique d’inclusion et de respect dans ce qui sera, en 2050, le plus grand pays musulman du monde : l’Inde. « Ce qui est particulier avec l’Inde comme futur premier pays musulman de la planète, c’est que ces mêmes musulmans y seront minoritaires », selon un rapport récent du Pew Research Center. N’en déplaise au parti de droite nationaliste hindoue au pouvoir, celui qu’on dit être le plus grand compositeur du pays est également musulman. Mais les hypocrites se retrouvent et s’acoquinent partout; ce sont souvent les plus ostentatoires, que leur religion se teinte de vert ou d’orange.

La parabole soufie du Maître qui ne projetait aucune ombre relate que « chaque action et chaque pensée d’une personne laisse des traces dans l’Absolu. Parfois ces traces sont sombres, parfois lumineuses, parfois profondes et parfois très insignifiantes. »

#Off2Africa Jour 56 Conakry Guinée
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Un principe musulman enseigne aussi que « le bon comportement apporte l’union et la solidarité alors que le mauvais comportement engendre les séparations et les ennemis. »

Banni d’Inde, je n’ai jamais pu revoir la maman de Haroon avant son décès…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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