#Off2Africa Jour 64 Conakry Guinée

#Off2Africa Jour 64 Conakry Guinée © GILLESDENIZOT

Samedi 28 janvier 2017
Il est frais mon poisson…

Monsieur Camara avait des courses à faire dans le centre de la ville ; j’ai mordu à l’hameçon et sauté dans la voiture comme le petit poisson dans l’épuisette. Nos balades sont autant d’occasions de découvrir les différents quartiers de Conakry.

Ce matin, nous prenons la direction de Kaloum et du port artisanal de Boulbinet, le plus ancien de la côte guinéenne. Environ 3380 marins-pêcheurs y travaillent, sur plus de 350 bateaux. J’y retrouve les scènes typiques que j’affectionne tant… En y réfléchissant bien, la quantité de poissons pêchés sur le littoral d’Afrique de l’Ouest est ahurissante. Rien que dans les ports où j’ai fait temporairement escale durant #Off2Africa, j’aurai vu des milliers de poissons échoués, gueule ouverte et yeux vitreux.

Déroulons le fil…

À Essaouira, les mouettes rieuses faisaient tranquillement leur marché entre les étals. À Dakhla, le végétarien – converti par l’Inde – faisait des incartades à son régime alimentaire et jouait dangereusement avec la surdose de produits de la mer ; il y aurait probablement succombé, s’il n’avait été distrait par la présence d’un chaton exigeant. À Nouadhibou, ce furent des entrailles sanguinolentes dépiautées et jetées sur la chaussée par de jeunes marins sénégalais, dans une odeur aussi omniprésente que les mouches. Puis vint le soir sur le port de Nouakchott, théâtre d’ombres chinoises naturelles offrant le spectacle des Mères Courage, mains tendues vers l’infini. À Dakar, un pélican passant par là me parla de contradiction, de réconciliation aussi, une philosophie que ne partageaient pas les vautours du port de Ziguinchor.

Enroulons le fil…

Un grain pointe toutefois à l’horizon de Boulbinet, dont l’apparence pittoresque ne s’intègre pas avec les plans futuristes envisagés par un cabinet d’architectes de Singapour. Vous souvenez-vous de ces belles maisons du quartier de Qianmen à Pékin, éviscérées pour faire place aux Jeux olympiques de 2008 ? Derrière les façades vivaient des hommes et des femmes, refoulés maintenant dans des banlieues artificielles. La presqu’île de Kaloum risque fort de passer au chinois d’ici à 2040, si le gouvernement lance son projet d’urbanisation.

Comme Qianmen, Kaloum n’est pas que poisson séché sur le bas-côté des routes, maquis aux structures de bric et de broc, bancs de bois où attendent et conversent les clients des barbiers de rue. La zone est un vivier d’habitants soussous, répartis dans les quartiers historiques d’Almamya, de Boulbinet, de Sandervalia, de Coronthie, de Manquepas, de Tombo et de Sans-fil. Raser Kaloum représente bien plus qu’une jolie maquette de marina émiratie, mais « quand le poisson est pris, on oublie la nasse », disent les gens du coin.

Et ceux-ci de continuer à traquer le fretin frais et abordable. Le repos biologique, qui ralentit l’activité de pêche, fait grimper les cours, se lamente Fatoumata tandis que Bintya, la marchande, aligne le bonga, la daurade royale, le lutjan et le machoiron banderille (un poisson-chat communément appelé Konkoé) sur son éventaire. Bien préparé avec de l’huile de palme, un peu de piment, un peu de gombos, la sauce de Madame Touré nappera généreusement le Konkoé et le riz du pays. L’ancien président Lansana Conté en raffolait…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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