#Off2Africa Jour 68 Conakry Guinée

#Off2Africa Jour 68 Conakry Guinée © GILLESDENIZOT

Mercredi 1 février 2017
« Citoyen du monde… Mais vous avez un visa ? » s’étranglèrent en chœur les diplomatiques officiels…

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par les atlas et les mappemondes. En particulier, ces globes terrestres qu’on fait tourner en fermant les yeux, et dont on stoppe le mouvement en posant un doigt pour rêver à d’hypothétiques voyages.

Il n’est pas encore temps de reprendre la route mais il faut tout de même songer à tracer des lignes sur la carte de l’Afrique. Comment rejoindre ma prochaine étape, Abidjan, sans choisir l’avion ? Via la Sierra Leone puis le Liberia ? Les conditions politiques n’étaient pas favorables. En traversant la Guinée forestière ? J’avais très envie de découvrir la réserve naturelle du Mont Nimba et la ville de N’Zérékoré, le trajet choisi par Mohamed, rencontré à Bissau et arrivé depuis peu à Conakry. En explorant la carte de la région, l’un de mes plus anciens rêves se manifeste à nouveau : Tombouctou ! Si la « ville aux 333 saints » est hors d’accès, il me reste toutefois une troisième option : traverser la zone montagneuse de Moyenne-Guinée, découvrir le Fouta-Djalon (clin d’œil aux amis du blog Fouta Découverte) puis, plus au nord-est, la zone de savane en Haute-Guinée, avant d’entrer au Mali. Au petit jeu des noms évocateurs, Bamako tient aussi la route, à environ 1000 kilomètres et autant pour relier ensuite Abidjan. Une aventure excitante, et deux demandes de visas, ce qui l’est beaucoup moins.

Mais vous rêvez, pauvre utopique ? Revenez sur terre et rampez devant les diplomatiques officiels qui détermineront, selon des critères aussi abscons qu’arbitraires, votre liberté de mouvement ! Si Sophia est le premier robot de la planète à devenir citoyen d’un pays – et quel pays ! – (information kafkaïenne néanmoins véridique), n’allez pas penser que n’importe qui peut entrer au Mali, en Côte d’Ivoire, ou en Inde sans autorisation. Vous surtout ! Comprenez bien que dans notre croisade héroïque contre le terrorisme et le travail illégal, votre souhait d’entrer dans nos pays, et par la route en plus !, semble à tout le moins suspect. Vous pourriez tomber amoureux de notre culture, importer votre expertise et contribuer au développement de nos jeunes, leur enseigner l’art lyrique et y apprendre notre musique, voire même – horreur absolue – payer des impôts et désirer rester chez nous ! Non ! Et d’ailleurs, nous n’avons pas lu Albert Camus, car nous n’avons pas le temps de lire, vous pensez…

Pour l’auteur de L’Étranger, le monde est pourtant une cité où pourraient cohabiter des hommes libres et égaux. Montrer en lui le « citoyen du monde », c’est souligner son lien avec la nature, son souci du temps présent et de l’avenir, sa générosité envers les autres, son refus des frontières, son sens aigu d’une fraternité universelle. (Albert Camus, pionnier de la démocratie mondiale – Citoyen du Monde, une exposition en ligne qui vous apprendra beaucoup, et dans laquelle vous retrouverez notamment l’Appel à la libération de Liu Xiaobo, lancé le 14 janvier 2014 par mon ami Emmanouil Athanasiou, du Comité de soutien à Liu Xiaobo.)

« Citoyen du monde… Mais vous avez un visa ? » s’étranglèrent en chœur les diplomatiques officiels.

Le 25 avril 1948, Garry Davis (1921-2013) abandonne sa nationalité américaine et se place sous la protection de l’ONU. Il se déclare « citoyen du monde » et, avec ses camarades, fait imprimer les premières cartes d’identité. Depuis sa création en 1949, le Registre des Citoyens du Monde a enregistré plus de 160.000 Citoyens du Monde dans 111 pays (dès 2008, l’enregistrement est également possible par Internet).

« Conscient de mes responsabilités et résolu à obtenir la reconnaissance de mes droits de membre de la communauté mondiale, je demande, tout en conservant ma nationalité, à être enregistré comme citoyen du monde ».

Est Citoyen du Monde toute personne qui reconnaît son appartenance à la communauté mondiale, se conduit en conformité avec cette identité, appelle à ce que les problèmes mondiaux soient du ressort d’institutions mondiales démocratiques.

Outre Albert Camus, la liste des Citoyens du Monde de grande renommée comprend notamment Elie Wiesel, l’Abbé Pierre, Yehudi Menuhin, Rajan Nehru (seule personnalité indienne à signer l’Appel des Treize), et Léopold Sédar Senghor, excusez du peu. (Citoyen du Monde – Des origines à nos jours)

« Suprahumaniste, l’utopie cosmopolitique vise donc à abattre les frontières et à poser comme principe que l’homme est d’abord et avant tout citoyen du monde, par-delà ses ancrages locaux. » (LesInrocks – Pourquoi la révolution cosmopolitique est la vraie utopie humaniste du XXIe siècle)

En attendant l’ère humaniste, vous prendrez votre courage à deux mains et irez faire des sourires aux diplomatiques officiels. Par bonheur, vous obtiendrez les fameux sésames et pourrez reprendre votre souffle en écoutant Erik Arma chanter Citoyen du Monde :

 

Libéré de ces formalités fastidieuses, vous déambulerez, au petit bonheur la chance, dans les rues de Conakry. Vous y croiserez des enfants qui marchent en se tenant par la main, et vous vous direz qu’Utopia, somme toute, est une bien belle idée de voyage…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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