#Off2Africa Jour 72 Conakry Guinée

#Off2Africa Jour 72 Conakry Guinée © GILLESDENIZOT

Dimanche 5 février 2017
La fièvre du voyage montre le bout de son nez, qu’elle pince en hâtant le pas…

« Mais comment as-tu pu vivre en Inde si longtemps ? C’est tellement sale ! »

C’est indéniable, la propreté de la rue indienne laisse à désirer. Rien que devant mon balcon, il y avait un tas d’ordures déposées à même la chaussée. Les chiens errants, les rats, les corneilles y trouvaient de quoi manger, les enfants jouaient autour, et le monticule grossissait jusqu’au passage de femmes en bleu de travail, sous lequel dépassait un sari modeste. Elles se penchaient comme le font les Indiennes, à l’équerre, ramenaient les déchets avec un balai rudimentaire puis les versaient dans leur cariole avant de la pousser un peu plus loin. Parfois, elles s’offraient une pause méritée au chai shop et je les saluais toujours, à leur grand étonnement.

Quand on vit en Inde, on développe très rapidement la capacité de retenir sa respiration à l’approche des bennes à ordures, souvent placées au coin de la rue, toujours sans couvercle et débordantes. Le pire est de se trouver bloqué sur sa moto, derrière un camion de voirie, en plein soleil et dans les gaz d’échappements.

Le marché de Madina, l’un des plus grands d’Afrique de l’Ouest, est jonché de détritus. Les gens gravitent autour des rails de chemin de fer qui n’ont peut-être pas vus de train depuis des lustres, ils passent entre les échoppes aux parasols bariolés, et ressortent de l’autre côté du pont. Comme en Inde, l’emballage plastique de la petite pochette d’eau tombe directement sur le sol et rejoint les épluchures, papiers gras et autres rebuts. Mais sa vie n’est pas terminée pour autant ; elle pourra être récupérée comme d’autres pour quelques pièces par un gamin en guenilles. A Chennai, je croisais souvent un vieil homme frêle qui portait sur son dos un sac plus large que lui. Planté sur les tas d’ordures ou enfoncé à moitié dans la benne, il récupérait les bouteilles vides puis repartait comme une fourmi sous sa cargaison.

Scene of the daily life in Chennai

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De retour d’Addis-Abeba le 2 février, le président Alpha Condé avait exhorté ses compatriotes à s’atteler au combat de la propreté, comme le plus célèbre chaiwala indien le fit un jour, avant de passer à d’autres idées reluisantes : « Ce combat commence par la transformation de la ville de Conakry. Comment pouvons-nous faire des réunions de tous les chefs d’Etat africains si nous avons de saletés dans les rues ? L’enthousiasme doit vous amener à changer votre comportement pour que si les chefs d’Etat viennent ici, la Guinée n’ait pas honte. »

Durant mon séjour, la blogueuse Fatoumata Chérif avait même lancé le défi #SelfieDéchets aux habitants de Conakry, 19e ville la plus sale du monde selon Forbes. Ils étaient invités à se prendre en photo devant des tas d’ordures et à partager le cliché sur les réseaux sociaux dans le cadre de FemmeVision2030, sa campagne destinée à sensibiliser les femmes au développement durable. L’initiative #SelfieDéchets fait l’objet d’un compte-rendu exhaustif ici.

Conakry ne compte qu’une seule décharge, sauvage, pour 2,3 millions d’habitants. Hamdallaye se trouve dans le quartier de Concasseur et neuf personnes y ont trouvé la mort, suite à un éboulement sur trois maisons, provoqué par les pluies diluviennes d’août dernier. Ne parlons même pas du risque de maladies pour les populations contraintes de vivre toute l’année à proximité !

Je profite de mon passage à Madina pour m’enquérir des prix et fréquences pour le trajet Conakry – Bamako, car c’est de là que partent les taxis-brousse. Je sens l’excitation monter… Les Suédois, qui manquent tellement de déchets qu’ils en achètent à leurs voisins, décrivent par le mot resfeber la course effrénée du cœur du voyageur avant le début du voyage, lorsque l’anxiété et l’anticipation s’entremêlent ; une fièvre du voyage qui peut se manifester comme une maladie. Les ordures du marché seront les dernières images que j’emporterai en quittant Conakry…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

 

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