#Off2Africa Jour 79 Conakry Guinée

#Off2Africa Jour 79 Conakry Guinée © GILLESDENIZOT

Dimanche 12 février 2017
Des cheveux offerts aux dieux en Inde jusqu’aux dreadlocks en Afrique, dans un gros nuage de démonétisation…

Les salons de coiffure en Afrique, au bord des routes, j’aime beaucoup ! Surtout leurs noms délicieux qui me font sourire à chaque fois que j’en repère un nouveau. J’en ai vu de nombreux durant mon périple #Off2Africa et en ai aussi essayé pas mal : des barbiers comme en Inde jusqu’au salon de coiffure de Lucie, spécialisée dans les dreads à Abidjan sans oublier Ahmad, mon barbier libanais (juste à côté de chez Lucie, en Zone 4) qui appliquait de la cire pour un tracé impeccable de ma barbe et qui, pour la seule fois de tout le voyage, me taillait les moustaches en grand professionnel.

L’histoire commence avant mon départ, au Sénégal Tresses, sis 11 bis rue Poulet à Paris :

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Arrivé à Essaouira, je reçois le surnom Moustaches que j’entends prononcer autour de moi dans la médina. Le barbier insiste aussi pour me tailler la barbe à chacun de mes passages devant sa boutique.

À Dakhla, au Sahara occidental, l’enseigne d’un salon de coiffure pour hommes fera office de photo du jour :

#Off2Africa Jour 12 Dakhla Sahara occidental © GILLESDENIZOT
#Off2Africa Jour 12 Dakhla Sahara occidental © GILLESDENIZOT

À Saint-Louis-du-Sénégal, je souris beaucoup durant mes balades dans le quartier de Nord et au-delà, en découvrant Mame Fatou NomNancy Coiffur (sic) chez Ndeye Tham,  et le salon de beauté et d’esthétique Dieynaba Bousso qui se propose d’arranger votre chignon haut et bas ect (sic aussi)

Avant d’embarquer sur le Diambogne pour une nuit de navigation entre Dakar et Ziguinchor, je profite des quelques heures restantes pour une visite chez mon barbier toujours très perplexe quand il s’agit de tailler mes moustaches, façon Rajasthani ; j’ai une pensée émue pour Murali et Sajid qui s’en occupaient chaque semaine au salon Penguin de Chennai, avec head massage obligé, à l’huile de coco.

Débarqué à Ziguinchor, j’ai vite fait de repérer le salon Fanta Fashion :

#Off2Africa Jour 48 Ziguinchor Casamance Sénégal © GILLESDENIZOT
#Off2Africa Jour 48 Ziguinchor Casamance Sénégal © GILLESDENIZOT

Ma première photo du jour depuis Conakry présentera la belle scène des hommes qui discutent et attendent leur tour, assis sur un banc de bois à l’ombre d’un immense arbre. Derrière eux, au moins quatre barbiers bien occupés :

J’en reparlerai dans mon histoire de Kaloum avant d’en arriver aux salons de coiffure de Côte d’Ivoire, dont certains se transforment même en salons littéraires !

L’industrie de la coiffure en Afrique, et plus globalement du cheveu afro, est bien représentée dans le film Good Hair de Chris Rock :

Une fois encore, l’Inde se rappelle à mon bon souvenir. « Avec l’exportation de 500 tonnes de cheveux par an et un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros, l’Inde est le leader mondial du black diamond business. Et cela, grâce aux offrandes des croyants. » rapporte déjà le Figaro en 2011. Car c’est dans les temples que les fidèles viennent offrir leurs cheveux, qui seront ensuite vendus, triés, mesurés, lavés, séchés, rassemblés en mèches, exportés à travers le monde et en particulier en Afrique.

En Inde, on a même connu la menace proférée (mais jamais mise à exécution) par une politicienne de se raser la tête. C’était après la défaite de son parti au élections de 2004, dans le but d’écarter Sonia Gandhi (l’Italienne, selon la formule dénigrante) du poste de premier ministre. Les recours légaux de l’opposition furent même rejetés par la Cour suprême, et l’économiste (diplômé de Cambridge et Oxford) Manmohan Singh fut nommé au poste. Premier homme politique Sikh aux commandes de l’Inde durant 10 ans, Singh fut le seul premier ministre depuis Nehru à avoir été reconduit dans ses fonctions.

Il y a exactement un an, le 8 novembre 2016, l’ancien chaiwallah et premier ministre actuel lançait un de ses plus fameux stratagèmes : la démonétisation (ou notebandi, en Hindi) de tous les billets de ₹500 et ₹1,000 roupies (tout de même 86% des coupures en circulation !) dans le but de contrer l’argent noir, l’évasion fiscale, l’économie informelle, le terrorisme dans le Cachemire occupé et autres raisons obscures. Du jour au lendemain, les billets que j’avais dans mon portefeuille n’ont plus rien valu et je n’ai pas pu les changer, puisque l’Inde m’avait refusé le renouvellement de mon visa de travail. Cette démonétisation, qui causa la mort de plus de 100 personnes, fut qualifiée par Manmohan Singh de « pillage organisé et légalisé des gens du peuple ». Le premier chaiwallah actuel, à l’instar de sa collègue citée plus haut, déclarait même haut et fort que la rue devait patienter 50 jours et que s’il ne réussissait pas à assainir l’économie, on pouvait le pendre en public, haut et court…

Malgré les critiques de la mesure et de son impact sur l’économie indienne, tant par les experts que par les citoyens lambda, 38% voient aujourd’hui encore la démonétisation comme un succès (contre 32% qui la qualifient d’échec et 30% à l’avis partagé, selon une enquête de l’Economic Times).

En fait, l’Inde a cessé d’être l’économie à la croissance la plus rapide au monde à peine deux mois après l’annonce du 8 novembre 2016. Vous en conviendrez, c’est à s’arracher les cheveux…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…