#Off2Africa Jour 83 Kankan Guinée

#Off2Africa Jour 83 Kankan Guinée © GILLESDENIZOT

Jeudi 16 février 2017
J’aimerais pouvoir contempler jusqu’à la nuit le fleuve majestueux et m’endormir sur les berges du Niger…

La route entre Mamou et Kankan est longue et dégradée, notamment jusqu’à Kouroussa : « un vrai calvaire » prévenait le Petit Futé. Je me suis donc levé à l’aube et j’ai profité de la vue dans le calme avant de me rendre au garage pour y trouver un taxi-brousse.

Il est si tôt que la grande cour à ciel ouvert est encore endormie. Seules au monde, quelques chèvres se promènent devant les échoppes closes. Elles passent entre les vieilles voitures qui, bientôt, emmèneront passagers et marchandises aux quatre coins du pays, et même jusqu’au Mali. Petit à petit, la vie revient, le froid matinal se dissipe sous l’effet d’un soleil franc. Il y a bien une voiture pour Bamako, mais je vais choisir celle prévue pour Kankan et y dormir. Je veux arriver au Mali en journée, voir le paysage et surtout ne pas manquer le passage sur le Niger. Alors j’attends, assis sur le sol devant la petite boutique du pharmacien qui, bientôt, arrive dans son beau boubou. Nous nous saluons poliment et je l’observe dans son rituel quotidien, ainsi que ses voisins. Ils ouvrent leurs échoppes, balaient devant le seuil, suspendent leur camelote. Le pharmacien récite une prière tandis que sur un réchaud de fortune, une grosse cafetière siffle. Je pense à Sandrine et à notre rituel du café, à sa « ration quotidienne » de deux bols (et un plus petit certains après-midis, quand le besoin s’en fait sentir).

Entre deux plongées dans l’état d’attente si typiquement africaine, je constate l’avancement des préparatifs. Mon sac avait été hissé sur le toit de la voiture, mais il a été descendu et posé au sol avec tous les autres, au milieu des bidons en plastique, des câbles divers, des grands bassines en laiton. C’est qu’on doit transporter une moto et il faut faire de la place pour l’installer solidement. Chacun s’y met, pousse, tire, et soulève en donnant des conseils stratégiques. Finalement, la moto sera calée entre un gros bidon en métal, des sacs de voyage, et quelques pneus.

Après plus de trois heures, la vénérable voiture se met en branle. Il est 14 heures quand, enfin, le chauffeur la gare dans une rue de Dabola, l’une des rares villes électrifiée en permanence grâce au barrage hydroélectrique. Madame Diaby, chez qui « le client est roi » s’affaire aux fourneaux et restaure la troupe puis le signal du départ est lancé, chacun remonte dans la voiture et nous repartons.

Moins d’une heure plus tard, la voiture décide que là, sur cette route au milieu de nulle part, elle cessera de coopérer, dans un grand nuage de fumée. Je dois décidément être protégé par les dieux du voyage : d’un côté se trouve un garage de fortune où languissent des épaves dépiautées par des apprentis, et de l’autre un grand baobab qui nous offrira un peu d’ombre. Presque instantanément, comme toujours, des femmes arrivent avec des fruits, des oeufs durs, de l’eau. Une foule de jeunes entoure notre véhicule, tels des médecins autour d’un moribond. Le diagnostic est rapidement posé, un florilège de solutions aussi. Je n’ai jamais rien compris à la mécanique et cela ne m’a jamais intéressé. Nous n’allons pas repartir de si tôt, j’ai le temps d’explorer le coin, l’atelier de menuiserie attenant, les cases rondes au toit de chaume typique de la région et de sourire de l’ironie de l’inscription « Bonne chance » apposée à l’arrière d’un mini-bus sinistré. Les chèvres et les quelques bœufs qui paissent autour m’ignorent royalement.

En Afrique, tous les problèmes se règlent miraculeusement (et temporairement). Notre véhicule, à peine ressuscité, continue son périple à travers le Parc National du Haut Niger avant d’atteindre Kouroussa. L’histoire dit que premier voyageur européen à pénétrer dans la ville n’est autre que l’explorateur français René Caillié, qui traversa le Fouta-Djalon en juin 1827 lors de son voyage à pied vers Tombouctou et dont j’avais parlé ici.

L’autre grande figure associée à Kouroussa est l’écrivain Camara Laye qui y naît en 1928. Son premier roman, « L’Enfant noir », publié en France en 1953, dépeint avec nostalgie son enfance, son éducation, le rituel de la circoncision dans l’initiation à la culture malinke et la fin de sa jeunesse. Ce livre connut un tel succès qu’il fut adapté au cinéma en 1995 par le réalisateur de documentaires Laurent Chevallier :

Camara Laye fait partie de ces grands penseurs d’Afrique, comme le mauritanien Djibril Ameth Ly ou le guinéen Djibril Tamsir Niane, qui se retrouvent en conflit avec les hommes politiques. Laye sera emprisonné pour une courte période sous le régime du président Sékou Touré. Dans le milieu des années 1960, il s’enfuit avec sa famille en Côte d’Ivoire, avant de s’installer au Sénégal, où il travailla comme chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), et participa au mouvement d’opposition à Sékou Touré. Devenu chercheur, il arpente les États africains de l’Ouest afin de recueillir les récits de l’histoire des peuples noirs que racontent les griots et qu’il publie sous le titre « Le Maître de la Parole ».

J’imagine Camara Laye, petit, se baignant dans le Djoliba (« le fleuve du sang », ainsi qu’on nomme le Niger dans le pays). Troisième du continent par sa longueur après le Nil et le Congo, le fleuve arrose Kouroussa. Je sais que le premier pont, ferroviaire, est proche. Je guette par la fenêtre quand brusquement, comme une immense récompense après un si long périple, j’assiste au coucher du soleil sur le Niger ! C’est un de ces grands moments #Off2Africa, de ceux qui réconfortent le voyageur, qui l’inspirent, qui lui révèlent la beauté de la terre qu’il parcourt. Le spectacle est époustouflant !

J’aimerais que notre voiture rende l’âme là, sur ce pont. J’aimerais pouvoir contempler jusqu’à la nuit le fleuve majestueux et m’endormir sur les berges du Niger…


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…

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