#Off2Africa Jour 94 Abidjan Côte d’Ivoire

#Off2Africa Jour 94 Abidjan Côte d'Ivoire © GILLESDENIZOT

Lundi 27 février 2017
La jeunesse dorée d’Abidjan tapote sur son smartphone alors que foisonne l’Afrique artistique, culturelle et contemporaine…

Abidjan n’est pas seulement une ville qui danse la nuit ou prie le dimanche. À Cocody et au Plateau, l’amateur d’arts et de culture découvre d’innombrables galeries privées et musées publics. Une fois n’est pas coutume, je vais jouer à l’expat. Ma première halte sera dans le quartier de Marcory Résidentiel, le temps de prévoir mon itinéraire tout en sirotant un petit jus detox (avec supplément gingembre) dans un établissement healthy food. La jeunesse dorée d’Abidjan s’y retrouve pour discuter sans jamais lâcher leur smartphone dernier modèle dans l’atmosphère à température conditionnée bien trop froide pour moi. Les clientes sont les mêmes qu’à Chennai, Dubai ou New York et s’achètent une vie fabuleuse en faisant chauffer les cartes de crédit. Le confort temporaire fait du bien, mais je me sens tout de même comme le palmier solitaire dans la Concrete Jungle, ainsi que l’illustre ma photo du jour et le titre de Bob Marley, ici dans la version de mon élève Prathamesh Tambe.

La jungle de béton et de gratte-ciels du Plateau abrite les institutions de la république de Côte d’Ivoire (bien que la capitale administrative soit Yamoussoukro), ainsi que les grandes sociétés commerciales et financières. Signe des temps, un Cash Center a remplacé l’école des Beaux-Arts d’Abidjan, fondée en 1965. C’est là, au milieu des années 80, que l’esthétique Vohou-vohou et son utilisation de matériaux contrastant avec l’enseignement académique marquent l’évolution de l’art contemporain ivoirien. La réaction des plasticiens contre l’influence française se manifeste par l’utilisation de matériaux locaux bruts, la récupération, l’assemblage et le collage afin d’innover et de rompre avec les conventions occidentales.

Accolé à l’immeuble moderniste dit de la Pyramide, conçu par l’architecte italien Rinaldo Olivieri, inauguré en 1973 et en attente de rénovation depuis les années 2000, se trouve l’Institut Français de Côte d’Ivoire. J’y visite l’exposition consacrée à la revue littéraire et culturelle « Présence Africaine ». Héritière des « négritudes » d’avant la seconde guerre mondiale, elle est fondée à Paris en 1947 par l’intellectuel sénégalais Alioune Diop. Les objectifs de la revue sont : publier des études africanistes sur la culture et la civilisation noire, publier des « textes africains », passer en revue les « oeuvres d’art ou de pensée concernant le monde noir ». Dès 1955, « tous les articles seront publiés sous réserve que leur tenue s’y prête, qu’ils concernent l’Afrique, qu’ils ne trahissent ni notre volonté antiraciste, anticolonialiste, ni notre solidarité des peuples colonisés ». Cette revue fut donc à la fois un mouvement, un réseau d’échanges et une tribune permettant aux différents courants d’idées liés aux « mondes noirs » de s’exprimer. « Présence Africaine » organise, en 1956 à la Sorbonne, le Congrès des écrivains et artistes noirs. Des intellectuels noirs de nombreux pays, soutenus par des écrivains et artistes du monde entier (Picasso, Levi-Strauss…), militent pour l’émancipation des cultures africaines, et en faveur de la décolonisation. Avec les indépendances qui se succèdent rapidement, Alioune Diop organisera avec Léopold Sédar Senghor le 1er festival mondial des arts nègres en 1966 à Dakar, dans un Sénégal libre.

J’apprends beaucoup et m’intéresse tout particulièrement aux planches qui décrivent le théâtre d’Aimé Césaire :

« Pour moi le théâtre est un art total, composé de danses, de chants et de poésie. En cela je me rattache à une tradition toute africaine. »

Après cette plongée dans l’anti-colonisation, les restaurants de la Maison du Combattant (dans le style colonial) ou de l’Abidjan Café (une brasserie Art Déco pur jus) paraissent incongrus. Il vaut mieux aller de l’avant à la Rotonde des Arts Contemporains et admirer les réalisations des artistes actuels.

Pour terminer cette journée de culture, encore un tour à Cocody où se trouve la Basquiat Art Gallery. Basquiat, dont je connais depuis longtemps le travail, fait bien la liaison entre l’esprit de « Présence Africaine » et la Côte d’Ivoire, puisqu’il est l’artiste afro-américain le plus coté au monde et qu’il visita le pays dans les années 80. Au moment où j’écris ces notes, j’apprends que Lagos (Nigéria) vient d’organiser l’African Culture and Design Festival, une vitrine de l’art contemporain africain, alors que le marché est en pleine progression. Il y a une semaine, j’avais aussi noté la présence d’une galerie d’art spécialisée dans les oeuvres africaines, traditionnelles et contemporaines, à Sitges. Enfin, au Cap, en Afrique du sud, le Musée d’art contemporain africain Zeitz (ouvert le 22 septembre 2017) est le plus grand du monde dédié à la culture visuelle contemporaine africaine.

La jeunesse dorée d’Abidjan connait-elle seulement le foisonnement artistique et culturel à sa disposition… ?


Durant #Off2Africa, j’avais pour habitude de ne choisir qu’une photo par jour, une seule,
et de la partager, sans légende, via mon compte Instagram.
Celle du jour figure en haut de ce récit ; en voici d’autres…