#Back2Africa 3 Mohammedia-Tanger-Tétouan-Chefchaouen-Tanger

#Back2Africa 2017-2018 ©GILLESDENIZOT

#Back2Africa continue ; c’est mon premier voyage dans la région du Rif occidental, au Nord-Ouest du Maroc…

#Back2Africa Jour 16 Mohammedia – Tanger
Mardi 5 décembre 2017

Comme l’an dernier, j’ai appelé Muriel à l’occasion de son anniversaire. Je suis dans une rue de Tanger, le soir est tombé, la température aussi. Je me réchauffe tant bien que mal avec un thé à la menthe, en me calant entre deux murs pour éviter d’être la proie du vent. Des gens passent devant moi mais pour un bref moment je suis avec Muriel, entourée de sa famille. L’an dernier, j’étais à Tarfaya, toujours le Maroc, mais le Sud et la ville de Saint-Exupéry. C’était le jour et il faisait chaud au bord de la route, à la terrasse de mon café habituel. Les années passent, je n’ai toujours pas été autorisé à revenir en Inde. Je me suis installé en Afrique.

#Back2Africa Jour 17 Tanger – Tétouan
Mercredi 6 décembre 2017

Le soir est tombé sur Tétouan. Un vieil homme, vêtu d’un drâa mauritanien, marche dans la rue. À mesure qu’il s’approche, je distingue les broderies de son habit (dont je possède, dans un carton, un exemplaire acheté l’an dernier). Il le porte à la façon traditionnelle, les grands pans des manches relevés sur les épaules. Le vieil homme vient vers moi et nos regards s’accrochent. Je lui souris, il me sourit. Sans un mot, il porte sa main droite à son cœur puis continue son chemin. Le voyage est fait de signes intimes, de présages mystérieux, de traditions connues de peu et tues par ceux qui les partagent.

C’est mon premier voyage dans la région du Rif occidental, au Nord-Ouest du Maroc. Je suis parti en bus en direction de Tétouan avant de continuer le chemin vers Chefchaouen. Je n’ai pas encore lu Mohamed Choukri au moment où je découvre les lieux. Quand il parlera de la Place El Feddane, par exemple, j’aurai mes propres images en tête et le souvenir du froid mordant au coucher du soleil.

J’aime la ville dès mon arrivée, les montagnes environnantes et l’air frais qui règne. En chemin vers la médina, j’aperçois un vieux monsieur qui vend des pois chiches chauds. J’en déguste une portion bien assaisonnée de har, cette poudre rouge qui me rappelle le piment que j’avais découvert à Conakry.

Finalement, je trouve la rue Habibi (quel nom à propos) mais le Dar Rehla est complet et ma réservation n’a pas été prise en compte ; l’employé prévient le propriétaire pour trouver une solution… Qu’à cela ne tienne, je suis accueilli au domicile familial, un véritable palais oriental dont on me confie les clés en me souhaitant la bienvenue !

Il est trop tard pour visiter la médina, inscrite par l’UNESCO à sa liste du patrimoine mondial ; je décide donc de me plonger dans l’ambiance ibérique de Tétouan. Je remarque vite le mélange de styles architecturaux andalou, espagnol et marocain, synthèse d’une riche histoire. Par moments, au détour d’une rue ou en débouchant sur un rond-point dans le quartier Ensanche, j’ai vraiment l’impression de me trouver au pays de Cervantes. Tant et si bien que je finis par passer la soirée à la Casa de España, entouré d’artistes locaux, à déguster des tapas et du tinto. Le grand écran diffuse un match de football dont les images se perdent dans la fumée des habitués.

#Back2Africa Jour 18 Tétouan
Jeudi 7 décembre 2017

Je lis et j’écris dès le réveil, inspiré par le calme de l’immense demeure. Je peux désormais en apprécier toute la beauté, à la lumière du jour qui filtre à travers les vitraux et la verrière. Les grandes portes en bois sculpté, les ferronneries, les mosaïques, les objets d’art traditionnels, chaque détail est pensé et agencé en un palais onirique. La décoration de ma chambre me replonge dans #Off2Africa : des masques ornent les murs, des colliers pendent des montants du lit. Un audacieux – et réussi – mariage entre l’Andalousie et l’Afrique.

Quelques minutes de marche à travers la médina et je me retrouve sur la terrasse du Dar Rehla. Face à la chaîne montagneuse, le petit déjeuner au soleil prend une saveur incomparable.

#Back2Africa 2017-2018 ©GILLESDENIZOT
#Back2Africa 2017-2018 ©GILLESDENIZOT

Devant une vue aussi exaltante, l’homme se redresse, déploie son torse et son esprit, il inspire à pleins poumons dans l’espoir d’absorber tout l’espace. En expirant, il rejette les doutes qui l’assaillent et ceux-ci sont promptement dissous dans l’air cristallin. Les hautes montagnes se préparent à répercuter l’écho de ses cris. Mais c’est un rire qui s’échappe de l’homme ; rire de victoire, rugissant dans le silence matinal qui engloutit encore la médina.

Un arbre immense domine les murs blancs. Il pousse depuis la nuit des temps et s’éloigne de la terre, seconde après seconde, dans un effort incommensurable et silencieux. Quelle force et quelle majesté ! Il est plus haut que tout, plus solitaire que tous.

Alors il faut monter aussi, partir à l’assaut des remparts et les traverser pour admirer le panorama. La casbah de Tétouan, dont la construction est lancée sur ordre d’Abû Ya’qûb Yûsuf an-Nasr (dit le Mérinide) en 1286, est en bien piteux état. Le sultan mérinide monté sur le trône la même année, en succession de son père, connut son lot de trahisons et de rébellions. L’histoire ne s’étend toutefois guère sur les circonstances de sa mort en 1307, lorsqu’il fut assassiné par un eunuque.

Puisqu’un soldat me refuse obstinément l’entrée, je contourne le bâtiment principal et parviens à une esplanade ; à l’horizon, la mer ! Trois hommes conversent au milieu des pierres vénérables. Des oiseaux tournoient dans le ciel pur, au-dessus des ruines qui furent. Des arbres noueux tendent leurs branches vers le lointain et je reste pensif, appuyé contre une colonne.

Le froid et le vent me repoussent vers la médina. En chemin, je remarque deux gamins qui comptent leurs sous devant une boulangerie. L’heureux temps, insouciant. J’irai jusqu’à la place El Feddane et je commanderai un thé à la menthe. Les couleurs changeront graduellement, passant du rose pâle mêlé de vert pistache au violet constellé de lumières à la nuit tombée. Puis le froid a raison de moi et j’abandonne les lieux aux pauvres âmes qui y passeront la nuit, comme l’a raconté Mohamed Choukri.

#Back2Africa Jour 19 Tétouan – Chefchaouen
Vendredi 8 décembre 2017

Il faut quitter la belle Tétouan et – comme tant d’autres avant moi – prendre le bus pour la « perle bleue du Maroc » : Chefchaouen, que les intimes appellent Chaouen. Une petite heure de voyage et me voici dans la médina. Oui, tout est bleu et si joli, surtout de haut, au coucher du soleil lorsque de la fumée s’échappe des cheminées. Un habemus papam rifain, en somme. Décidément, je ne fais rien comme les autres : je n’ai pas beaucoup aimé Chaouen, trop exigüe et envahie de touristes bruyants. Et puis il y faisait un froid humide que je n’ai pu combattre qu’en lapant furieusement une harira, emmitouflé dans ma djellaba. Une marche nocturne dans les ruelles désertes me réconciliera temporairement avec la petite ville, et avec la vie.

De retour à Tanger, je découvrirai avec plaisir le témoignage photographique de Mat (ne manquez pas non plus son billet sur le kif, et passez le sebsi, merci !)

#Back2Africa Jour 20 Chefchaouen
Samedi 9 décembre 2017

Je marche jusqu’à la source sacrée Ras el ma, aperçue la veille. La montagne qui surplombe les lieux disparaît dans les nuages. Un ruisseau coule tranquillement ; je m’installe sur son flanc, le temps d’un petit déjeuner.

Que faire ensuite, sinon se frayer un passage à travers les hordes de visiteurs qui arpentent les ruelles aux maisons bleues ? Aller à contre-courant du troupeau, répondre en arabe aux continuels « Holà, que tal hombre? », se réchauffer d’un énième thé, rêver de Tanger et s’y enfuir…

#Back2Africa Jour 21 Chefchaouen – Tétouan – Tanger
Dimanche 10 décembre 2017

…mais Tanger ne se laisse pas facilement aimer. Sa plage était noire et son silence, implacable. Il se préparait sans doute une tempête que les lumières de la ville n’empêcheraient pas. Les nuages et le ciel s’étaient teintés de violet ; le paysage devint lunaire, la nuit solitaire. La pluie se mit à tomber et les rues se vidèrent…

For those of you who do not read French, the following video will present you with a visual summary of this post. Pour ceux qui souhaitent aussi parcourir ma route en images, voici une courte vidéo (ainsi que des photos plus bas) :


Durant #Back2Africa, j’ai pour habitude de ne choisir qu’une seule photo par jour
et de la partager via mon compte Instagram. Suivez-moi pour les découvrir…

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