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Silence NC Épilogue

Journal nocturne – Arrivés à destination, ils ne regardaient déjà plus dans la même direction…

Journal nocturne – Arrivés à destination, ils ne regardaient déjà plus dans la même direction…

et dont la page se tourne la nuit.

qui s’écrit le jour†

Un journal de l’éloignement


L’un rêvait le futur ensemble, l’autre envisageait de mettre un terme à l’unique chose qui lui appartenait : le présent. Ensemble ! Le mot aimé et haï. J’aurais tout donné pour cela (j’ai tout donné pour cela) et d’ailleurs je ne dis pas avec lui mais ensemble.

Dans ta langue, la première définition du mot «Junto» est uni. C’est aussi : en même temps, proche, près de, à côté de, et évidemment, ensemble.

Pour combattre l’angoisse de la séparation et de l’absence, j’avais un jour écrit :

« Après t’avoir tout dit, tout mis à plat sur la feuille, il n’y aura plus rien de vivant ; les souvenirs auront été triés puis archivés. Il y aura peut-être même une immense distance entre nous ? Tu resteras toujours dans mon cœur, je viendrai t’y rendre visite et j’y séjournerai un temps, le temps de me souvenir de neuf mois durant lesquels j’ai touché du doigt le bonheur. »

Depuis quelques jours, il me semble que je t’ai tout dit. Si nous étions ensemble, je parlerais des nuits entières avec toi, comme à nos débuts. Je partagerais mes joies, comme ce moment hier soir peu avant l’heure du ftour : Tanger baignait dans cette lumière rose pastel si caractéristique de la fin de journée. J’avais préparé les mets traditionnels de la rupture du jeûne et j’étais monté sur la terrasse pour dresser la table. Le long de la côte espagnole, une fine bordure de brume captait les derniers rayons de soleil et me renvoyait une image apaisée. Du linge flottait dans le vent et les goélands s’apostrophaient joyeusement.

Je n’avais plus mal. J’avais même réussi à regarder quelques photos de toi ainsi qu’une vidéo «Buenas noches hermoso» que tu m’envoyas le 15 mars quand j’étais déjà en Europe et que je t’attendais… J’avais souri en entendant ta voix, en voyant ton visage. J’avais réalisé combien je t’avais aimé et que je t’aimerai toujours, mais en solitaire et en silence. Je me souviendrai de ta droiture, de ta candeur, de ton sourire et de ton regard qui portait loin. Je garderai pour moi tout ce que j’ai appris à tes côtés et la tendresse qui nous enveloppait dans l’obscurité de la nuit. J’ai réussi à ne pas te haïr, à ne pas abimer la mémoire de toi.

En prenant la route de l’éloignement, j’ai rencontré une autre forme d’être. Pour ne pas défaillir sans toi, j’ai marché en claudiquant et, graduellement, ma force m’est revenue. J’ai pensé que d’autres tâches m’attendaient et j’ai envie de m’y consacrer. Je ne suis pas encore arrivé mais je ne te vois déjà plus à l’horizon. C’est bien ainsi, et je ne souhaite pas changer de cap.

« J’aimerais te revoir, te voir heureux où que tu ailles, et pouvoir continuer à partager ensemble depuis un autre endroit, plus léger et sans ce fardeau que je ressens maintenant. Tu vas tellement me manquer. Je t’aime beaucoup aussi et je suis très reconnaissant à la vie de te connaître. Merci pour ces mois passés ensemble, pour avoir voulu les partager avec moi et pour m’aimer. Pardonne-moi de ne pas pouvoir te rendre ton amour de la même manière et de te faire attendre ces jours-ci », m’écrivais-tu en me quittant.

Tes mots étaient aussi beaux que notre histoire. Comme notre histoire, et malgré leur beauté, ils ne trouveront pas de suite.

Ce matin, le vent souffle à Tanger. J’ai ouvert toutes les fenêtres et toutes les portes pour que l’air s’engouffre dans la maison. Il court dans les escaliers et propage l’arôme du bâtonnet d’encens que j’ai allumé, du santal d’Inde qui apaise, purifie et vivifie en brûlant. Te souviens-tu du court délai que j’avais mis à te répondre initialement ? J’avais senti que te rencontrer ne me laisserait pas indemne et je voulais m’assurer d’être prêt à vivre cette aventure. Tu m’as donné tellement d’amour et j’en avais tant besoin. Tu m’as rendu mon amour à ta manière et c’est tout ce qui importait. Ce n’est pas l’amitié que je cherchais alors ; je ne la cherche pas davantage maintenant que nous ne sommes plus amants. Je préfère conserver le parfum de notre amour, de notre temps ensemble, tout au fond de moi. La vie t’a mis sur mon chemin, elle a bien fait. Je vais la laisser décider encore de l’avenir tandis que le vent t’emporte…

En prenant la route de l’éloignement, j’avais griffonné une recommandation sur un bout de papier : « Quand tu arriveras de l’autre côté, souviens-toi des paroles de Khalil Gibran. » Le temps est venu.

« Si tu aimes quelqu’un, laisse-le partir. S’il revient, c’est qu’il a toujours été tien. S’il ne revient pas, c’est qu’il ne l’a jamais été. »

«Si amas a alguien, déjalo ir, porque si vuelve, siempre será tuyo.
Si no lo hace, nunca lo fue».

Adiós hermoso, yo (también) te amo.

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