Un pont flottant dans le ciel de Tanger

Tanger 21 mars 2020 © GILLESDENIZOT

Dans la torpeur froide imposée par le Coronavirus, sous des trombes d’eau depuis quelques jours, il y a encore et toujours la vue panoramique et multicolore. Et hier, les sept couleurs d’un pont flottant dans le ciel de Tanger.


Le Maroc est entré vendredi en état d’urgence sanitaire, une période de confinement dû à la crise du Coronavirus (COVID-19). Les frontières ont été bouclées, les ferrys qui reliaient l’Afrique à l’Europe se sont immobilisés, les cheminées ne crachent plus la fumée du bois qu’on brûlait pour chauffer les dalles humides des hammams, les mosquées n’accueillent plus les fidèles, le café Hafa – où l’on buvait le thé à la menthe – est clos tout comme mon petit boui-boui de la Place du 9 avril, celui où je m’arrêtais souvent pour un bol de soupe bissara après les cours d’espagnol et d’arabe (que va-t-il advenir d’eux, maintenant que leur source de revenu s’est tarie ?)

Tanger est à l’arrêt. Seuls subsistent encore les échoppes d’alimentation dans le souk et les ba9al, les épiciers de quartier, celui de la place Amrah qui informe du nombre de cas avérés et celui de Dar Baroud qui vend un si bon khobz de makla. On n’entend plus les psalmodies de la zaouïa d’à côté, ni les harangues du salafiste Abou Naim, écroué pour incitation à la haine et à la violence. Les gamins ne jouent plus dans la rue. Les goélands pleurent et raillent, probablement de nous voir tous confinés alors qu’eux sont si libres.

Le silence… enfin.

Dans cette torpeur froide, sous des trombes d’eau depuis quelques jours, il y a encore et toujours la vue panoramique et multicolore. Hier en particulier, sept couleurs dans le ciel de Tanger. Cela aurait probablement été ma photo du jour, mais comme j’ai récemment supprimé instagram, facebook et whatsapp, je partage, ici, ces images époustouflantes.

Tout d’un coup, hier, un pont flottant dans le ciel de Tanger :

Je crois n’avoir jamais vu un arc-en-ciel aussi parfaitement dessiné ; il était si large que je ne suis pas parvenu à le photographier en entier. Aussi, je vous ajoute une courte vidéo :

Tanger 21 mars 2020 © GILLESDENIZOT

J’en ai profité pour en apprendre davantage sur ce phénomène. J’avais déjà écrit à propos de l’arcoíris au 3e jour de Silence, mais j’ai tourné la page et préféré découvrir d’autres mythes et légendes qui évoquent ce pont flottant dans le ciel, ainsi que le définissait le Japon ancien. On dit que pour les Incas, l’arc-en-ciel aurait été un serpent céleste mythique. Recueilli par les hommes sous la forme d’un vermisseau, il serait devenu gigantesque à force de manger des cœurs humains, avant d’être tué. La gourmandise est un vilain défaut, c’est bien connu…

La gourmandise, extrait des Sept Péchés capitaux — Alain Corbellari, Gilles Denizot, Sandro Marcacci

À Paris, on connait les arcs-en-ciel du Marais et, occasionnellement, ceux du Quai de Seine et des tentes des à la rue, grands oubliés de la France #EnMarcheArrière.

Paris juin 2019 © GILLESDENIZOT
Paris juin 2019 © GILLESDENIZOT

Mais on connait moins les arcs-en-ciel de rosée (quelle belle expression), ou arcs-en-terre, un phénomène optique formé au sol par la réfraction et la réflexion des rayons du soleil dans les gouttes de rosée. En avez-vous déjà observé ?

Moins poétique, selon moi, les cris qui résonnaient hier dans la nuit. Les gamins ne jouent plus dans les rues, disais-je plus haut ? On les entendait pourtant scander en alternance, durant plusieurs heures, les Allahu Akbar des adultes perchés sur les toits de la médina ancienne. Insolite et vaguement inquiétant…

Le Maroc est entré vendredi en état d’urgence sanitaire. Au moment où j’écris ces lignes, le royaume était en voie de passer le cap des 100 cas

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