#HolaMadrid – Ligne 27, Arrêt Delibes

La ligne 27 commence (ou termine, c’est selon) à Embajadores. C’est juste en bas de ma rue, après avoir dépassé La Tabacalera


Prendre le bus dans une nouvelle ville, c’est s’offrir une visite et l’occasion de découvrir les lieux (je paraphrase ma sœur qui pratiquait cela à Paris). Je suis donc monté dans le 27, en direction de la Bibliothèque Nationale. Le chauffeur écoutait du flamenco, signe incontestable de bienvenue et d’appréciation de mon choix de transport public.

Premier arrêt, de l’autre côté de la rue, La Casa Encendida, que j’avais découverte en juin 2013. On y avait organisé la projection du film « Une peine infinie » de David André, dans le cadre du 5e Congrès Mondial contre la peine de mort. Ahmed Haou, ancien condamné à mort au Maroc, avait témoigné ce soir-là. J’ai soudain pensé à mon ami Bill Pelke, décédé subitement ce jeudi 12 novembre, et confondu La Casa Encendida avec Matadero Madrid. En fait, c’était bien au Matadero que j’avais présenté l’avocat indien Yug Mohit Chaudhry à Bill…

De la Calle de las Delicias, via la majestueuse et semi-ensevelie gare d’Atocha, en passant par le Prado, le jardin botanique, Neptuno, Cibeles et Recoletos, ces noms dont l’évocation fait voyager, le bus 27 me déposa à l’arrêt Biblioteca Nacional. Ça zapatéait à tout va dans la cabine du conducteur…

Arrivé en avance (je me fais vieux), j’en profitais pour déambuler dans les Jardines del Descubrimiento, qui entourent le bâtiment de la bibliothèque. Ici et là, des statues nous contemplent, humbles lecteurs… 

Mon cher Cervantes, Lope de Vega, et la tête d’Antonio Machado, sous laquelle figurait la belle phrase : «Se hace camino al andar». Par ces vers, l’auteur nous encourage à choisir nous-mêmes notre route et les traces que l’on laisse derrière soi…

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
Caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace el camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante no hay camino
sino estelas en la mar.
Cantares, música de Serrat sobre un texto mezcla de versos de Machado y de Serrat.

J’aime beaucoup, cela va de soi… et ce fut l’occasion d’envoyer la photo à Mercedes, avant d’enfin aller visiter l’exposition.

#HolaMadrid © GILLESDENIZOT 2020

Je crois n’avoir encore jamais rien lu de Miguel Delibes, tout au moins en intégralité. Pour moi, ce nom de famille me propulse instantanément en… Inde, dans l’univers de Lakmé, l’opéra de Léo Delibes. Comme on en apprend tous les jours, je sais à présent que le compositeur français était le grand-père de l’écrivain espagnol. (Et il y en a encore pour se plaindre de l’immigration…)

L’Espagne fête le centenaire de la naissance de Miguel Delibes (1920 – 2010) et l’exposition de la Bibliothèque Nationale présente plus de deux cents œuvres, dont des livres, des manuscrits, des dessins, des tableaux, des photographies, etc. Il y a même l’écritoire où l’écrivain rédigeait à la main, toujours à la main, ses nombreux textes. La vieille table trône au milieu de l’espace plongé dans l’obscurité, telle Carmen qui veille le corps de son époux défunt dans «Cinco horas con Mario».

HolaMadrid © GILLESDENIZOT 2020

C’est une exposition dense, mais installée dans un espace serein, à la lumière tamisée. Des livres partout, mais surtout ces piles de manuscrits originaux, raturés calmement. On ressent la tranquillité de l’homme de lettres, dans sa maison familiale, entouré d’êtres humains et de nature.

Je me suis dit que j’allais m’acheter un nouveau livre, le premier de Delibes pour ma bibliothèque éphémère. (Depuis 2016, à chaque déplacement, je donne ce que j’ai lu pour continuer à voyager léger…) J’hésitais entre «Diario de un emigrante», «Siestas con viento Sur» et «La sombra del ciprés es alargada». C’est finalement ce dernier que je me suis offert, mon premier Delibes, LE premier Delibes publié (Premio Nadal de novela, en 1947). Ce titre m’a rappelé le poème de Gerardo Diego, «El ciprès de Silos»:

Mástil de soledad, prodigio isleño,
flecha de fe, saeta de esperanza.
Hoy llegó a ti, riberas del Arlanza,
peregrina al azar, mi alma sin dueño.

J’ai repris la ligne 27, mon trésor dans ma poche pour le protéger de la légère pluie, et je suis rentré écrire… et lire Delibes !

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