#HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

#HolaMadrid Avril éclosion

Festivals fleuris et expositions au Real Jardín Botánico, au Retiro, dans les rues de Lavapiés, lectures et reprise des cours d’arabe…


Voici #HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

#HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

Mars l’avait annoncé, avril l’a manifesté ! Les bourgeons, vaillants fantassins, se mirent à éclore les uns après les autres. Le printemps était bien là, à Madrid. Je retrouvais de l’enthousiasme et l’envie de sortir, d’aller glaner les rayons d’un soleil encore joueur, de respirer l’air vif. Les mardis, j’avais rendez-vous avec moi-même au Real Jardín Botánico où je passais l’après-midi à déambuler dans les allées. Une fois par semaine, l’entrée y est gratuite pour tous ; je ne m’en suis pas privé !

Il y eut tout d’abord la fête de la tulipe, ma fleur préférée. On aurait pu se croire à Keukenhof ! Les couleurs, les variétés, la profusion me font tourner la tête. C’est une véritable splendeur et quel plaisir de se promener à l’air libre un jour de semaine, plutôt que de devoir affronter la foule du dimanche. Dès cette visite, le jardin botanique de Madrid deviendra mon lieu d’évasion. Je m’y rendrai pour découvrir les nouvelles floraisons printanières, mais peut-être surtout pour me retrouver seul au milieu des plantes, m’assoir sur un banc et lire tranquillement. C’est une jolie promenade depuis Lavapiés, et au retour, je fais une halte chez Panifiesto pour acheter leur pain spécial du mardi. Au botanique, il y a aussi une librairie qui regorge de beaux livres, de ceux qu’on feuillette avec envie mais que je n’achèterai pas tant que je ne serai pas à nouveau installé dans un chez-moi (relativement) permanent. Il y a aussi des expositions dans le Pavillon Villanueva et j’y verrai La sal, de Carmen Laffón. Peintre et sculptrice andalouse, née à Séville en 1934, elle a reçu le Premio Nacional de Artes Plásticas en 1982. L’artiste valorise « la jouissance du silence, de la lumière et de l’air », cela ne peut que me convenir… 

#HolaMadrid — Tulipe party

#HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

Un autre mardi d’avril, je me lancerai dans une longue balade depuis Lavapiés jusqu’au Real Jardín Botánico, mais en passant d’abord par la Casa Árabe (e Instituto Internacional de Estudios Árabes y del Mundo Musulmán)

Si l’institut est toujours fermé, la librairie est ouverte et je peux y acheter mon livre de cours. J’ai décidé de reprendre l’apprentissage de l’arabe, mais cette fois il s’agira de l’arabe standard moderne. Je déniche aussi Los perros de Tánger, un recueil trilingue (espagnol, arabe, français) d’Isaak Begoña, et Mujer de frontera, d’Helena Maleno Garzón. Les deux ouvrages ravivent le souvenir de mon escale à Tanger : le premier me rappellera Al sur de la palabra, poésie marocaine contemporaine. C’est Mercedes qui m’avait offert ce livre, que je lisais sur la terrasse le matin, pendant le long confinement.

#HolaMadrid Avril éclosion
Los perros de Tánger, Isaak Begoña

C’est depuis cette même terrasse que j’ai assisté à la prise en chasse d’une embarcation par les navires gardes-côtes qui balayaient de lumière la surface de l’eau. J’en avais également tiré un poème en espagnol : Abierta tierra

Le deuxième ouvrage, Mujer de frontera, est « une histoire de dépassement et de dévouement, celle d’une femme qui a décidé de s’installer au Maroc avec un jeune fils et de se battre pour ceux qui risquent leur vie en traversant le détroit de Gibraltar. » Il faut en parler (surtout, l’acheter et le lire !) :

Lorsque Helena Maleno est arrivée au Maroc en 2002 avec son fils, deux valises et un projet de travail de trois mois, elle ne pouvait pas imaginer à quel point ce pays et la lutte pour les droits des populations migrantes qui le traversent allaient transformer sa vie à jamais. (…) Helena a pénétré dans les campements de fortune dans les forêts entourant Ceuta et Melilla et a commencé à dénoncer sans relâche les violations des droits de ceux qui cherchent à franchir, par terre ou par mer, une frontière qui leur permettrait de rejoindre l’Europe. Elle a reçu son premier appel depuis un bateau en 2007 : l’embarcation de fortune était en train de couler et l’une des personnes à bord avait son téléphone. Helena a immédiatement alerté les autorités maritimes pour qu’elles viennent les secourir. C’était le premier de centaines de milliers d’appels et de tweets avertissant de la présence de bateaux à la dérive pour protéger la vie.

Elle n’allait pas tarder à le payer… Un après-midi, en rentrant chez elle après avoir récupéré sa fille à l’école, Helena trouve deux policiers en civil qui l’attendent. La justice marocaine l’accusait de faire passer des migrants clandestins et d’encourager l’immigration illégale. L’affaire, initiée par un dossier controversé de la police espagnole, a déclenché un mouvement international de soutien à Maleno et a montré clairement à quel point les autorités européennes sont prêtes à se salir les mains lorsqu’il s’agit de protéger les frontières.

Ce récit brutal vous coupera le souffle ; l’injustice flagrante que subit Maleno et la mauvaise foi des autorités (de part et d’autre du détroit) vous abasourdiront. J’ai déjà mentionné le travail de Caminando Fronteras, le collectif dont Helena Maleno est porte-parole. Leur site peut se consulter en français, mais si vous lisez l’espagnol, achetez Mujer de frontera ici et prêtez-le ensuite à un/e ami/e. En ce moment, c’est Mercedes qui a mon exemplaire, juste retour des choses… ensuite, il faudra qu’il arrive dans les mains de Sandrine. Je n’ai jamais rencontré Helena Maleno, pourtant en consultant mon agenda et les dates inscrites dans son récit, il est évident que nous nous sommes croisés car nous étions à Tanger en même temps et nous avons des connaissances communes. La rencontre se fera bien un jour…

Juste en face de la Casa Árabe, il y a le Parc du Retiro et l’exposition Saldremos adelante, de Cultura Inquieta. En plein air, 128 photographies sont présentées gratuitement et relatent la pandémie Covid et les changements qu’elle a provoqués. Les pièces sélectionnées lors du concours respirent l’humanité : des scènes qui suscitent l’espoir, le désarroi, la solitude, la perte, la joie…, mais toujours l’humanité. Voyez plutôt.

Quelques pas plus loin, je retrouve le jardin botanique où des iris commencent à éclore. Certains portent des noms qui sont tout un programme : Change of pace, Delirium, Prosperous voyage, Sinister desire… 

#HolaMadrid — Iris party

#HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

Enfin, troisième mardi gratuit au botanique. En chemin, je passe par les rues Esgrima et Espada à Lavapiés. Dans Quería exponer, l’artiste Paula Moscuzza s’est inspirée du confinement et du rendez-vous vespéral aux balcons (j’ai trouvé cette idée d’applaudir les soignants d’un grotesque abouti, particulièrement à Madrid ou à Paris, quand après les avoir bien utilisés, on les a remerciés d’une médaille ou d’un licenciement. Une vraie honte !) Bref, je salue l’initiative de mon quartier qui transforme les balcons de quatre immeubles en galeries d’art. Je poursuis jusqu’au Real Jardín Botánico, où d’autres plantes ont pris le relais des tulipes : des iris, des artichauts, et des pivoines. Cette fleur si belle, si fragile aussi, a envahi les plates-bandes et c’est merveilleux d’en voir autant. Il y a aussi l’exposition en plein air Mágicas, Místicas y Medicinales (Plantas y hongos psicoactivos). J’en apprendrai beaucoup sur ces plantes magiques, mystiques et médicinales, le tabac (souvenir fugace d’Équateur durant #Off2Sudamérica) le cannabis, la belladone et autre mandragore… Passionnant et encore disponible en ligne (N.B. la version française est en… anglais. There you go.) Vous préférez peut-être le vin aux champignons psychotropes ? Moi aussi et c’est la raison pour laquelle je vais toujours inspecter la tonnelle du jardin botanique. Il y pousse divers pieds de vigne, dont une Garnacha Blanca de Catalogne…

#HolaMadrid — Pivoine party

En préparation des cours d’arabe, je modifierai la disposition du coquet studio sous les toits et installerai une grande table de travail, claire et organisée, avec de l’espace à gauche, pour pratiquer la calligraphie. Je raconterai le mois prochain l’aventure Casa Árabe (aussi connue sous le nom de «¡Hola, chicos!») et un autre voyage à Barcelone

#HolaMadrid — Avril, ou l’éclosion

#LuzParaLaCañada

Le 2 octobre 2020, l’entreprise Naturgy et le Gouvernement de la Communauté de Madrid décident de couper l’électricité à près de 4 000 personnes, dont 1 800 enfants, qui vivent désormais dans l’obscurité. Cela se passe à la Cañada Real Galiana, à 12 kilomètres de la capitale, le long de l’autoroute M50 : le plus grand bidonville d’Europe occidentale.

Dix-huit mois plus tard, le courant n’est toujours pas rétabli. Il y a un mot pour ça en espagnol : vergüenza.