#HolaBarcelona — Journal d’avril

Barcelone, meilleure ville du monde ? La mer, toujours, le soleil, souvent, et le vivre-ensemble ?


Voici #HolaBarcelona — Journal d’avril

#HolaBarcelona — Journal d’avril

Après un mois de mars plutôt morose, avril a démarré sur les chapeaux de roues ! Entre danse, cinéma, musique et lectures, j’ai pris conscience de m’être vraiment installé à Barcelone, la meilleure ville du monde (selon un article du Telegraph Travel, repris par le magazine Equinox).

C’est indéniable, la capitale catalane « est une ville cosmopolite, avec la mer Méditerranée comme toile de fond, et ceci, en plus du fait qu’elle est accueillante, chaleureuse et inclusive, la rend complètement unique. » Il y a le soleil (enfin, quand il y en a, relire #HolaBCN de mars…), 300 jours par année (contre 200 à Paris), il y a aussi la mer, deux éléments qui me sont essentiels.

Cependant, avec la nouvelle normalité post-pandémique, force est de constater que vivre ensemble à Barcelone n’est pas de tout repos. Quels sont les codes, les clés, les règles du jeu pour parvenir à une harmonie sociale ? Le premier élément de réponse me sera apporté par Sasha Waltz & Guests.

In C — #HolaBarcelona Journal d’avril

En février, après avoir vu Sasha Waltz, a Portrait (Brigitte Kramer, 2014), j’exprimais le souhait de voir un spectacle de la grande chorégraphe allemande. C’est chose faite ! Non seulement j’ai assisté à la nouvelle création de la compagnie, In C, donné au Mercat de les flors, mais j’ai aussi revu le documentaire à la FilmoTeca (avec une présentation d’Ester Vendrell i Sales) et pu rencontrer Sasha Waltz et la danseuse Lorena Justribó, lors d’une conférence à l’Institut del Teatre. (Quelquefois, mes souhaits se réalisent…)

La danse est un langage universel, ambassadrice pour un monde en paix, en égalité, en tolérance et en compassion.

Sasha Waltz

En parlant d’In C, Ester Vendrell i Sales évoquait le fruit d’une nouvelle étape créatrice pour Sasha Waltz. L’expérience et la réflexion résultant du confinement COVID-19 se transforment en concepts artistiques : transition et flexibilité, liberté et responsabilité. En tant que société et communauté, nous nous dirigeons vers de nouveaux paradigmes et la flexibilité est la qualité qui permet l’adaptation aux nouveaux défis. Créer en contexte de pandémie a forcé à distiller ce qui est le plus essentiel dans la danse : l’énergie du corps en mouvement, l’écoute, l’intuition du fait d’improviser et à développer de nouveaux mécanismes de composition et de dissémination. Un processus de travail qui a encouragé la création de tutoriels vidéos pour que les danseurs puissent apprendre à distance, individuellement, avant de se retrouver et de jouer ensemble. Il y a donc des règles qui permettent à chaque participant de connaître le fonctionnement, les limites, mais aussi l’espace de liberté et de responsabilité qui leur incombent.

In C est inspiré par la partition homonyme de Terry Riley, composée en 1964 pour 35 instrumentistes et créée le 4 novembre 1964 à San Francisco. Elle est considérée comme la première œuvre du courant de la musique minimaliste ou répétitive. Le titre, In C, veut dire « En do majeur » en anglais, mais on pourrait aussi imaginer qu’il s’agisse de In Color (En couleur), car le résultat auditif est un tissu musical tournant sur lui-même et évoluant lentement d’une couleur à l’autre, d’une tonalité à l’autre, au gré de la sensibilité des musiciens ; de fait, le spectacle de Sasha Waltz & Friends est une véritable chromathérapie.

Durant la conférence organisée par l’Institut del Teatre, Sasha Waltz nous explique la structure de l’œuvre musicale et chorégraphique. Lors de sa création en 1964, la partition In C présentait un concept alors inédit puisqu’uniquement composée de 53 phrases musicales. Les musiciens doivent jouer chacun de ces motifs, et le répéter autant de fois qu’ils le veulent avant de passer au motif suivant. Il n’y a aucune contrainte sur le nombre minimal ou maximal de répétitions. Ainsi, la partition tient sur une page, dont la durée oscille entre 45 minutes et 1 h 30.

#HolaBarcelona Journal avril

Cependant, Terry Riley offre aussi quelques conseils : les thèmes doivent être joués dans l’ordre, doivent être répétés un nombre suffisant de fois (une minute par thème équivaut à 53 minutes de concert), et les musiciens ne doivent pas hésiter à s’arrêter de jouer de temps à autre afin d’écouter l’ensemble, et doivent tirer au maximum profit de l’alchimie sonore qui s’opère entre les instruments (par exemple, en restant sur un thème si une interaction survient). De plus, il est recommandé aux musiciens de ne pas prendre trop d’avance ou de retard les uns par rapport aux autres.

Sasha Waltz retranscrit les 53 riffs en 53 mouvements, auxquels elle ajoute 30 indications pour structurer l’improvisation. Ester Vendrell i Sales le compare à un match de football : à partir de règles ou de cartes de jeu, une improvisation (chaque représentation est différente des autres) est déclenchée, qui se déroule dans l’espace et le temps. L’isolation de la pandémie a marqué une chorégraphie sans contact physique, fruit de l’éloignement social dans le processus de création. La COVID-19 a également contribué à la prise de conscience du soutien de la planète, mettant en valeur la nature et l’espace ouvert ; c’est pourquoi une symphonie de 53 couleurs accompagne cette création modulaire, comme des couches qui s’ajoutent au mouvement dans l’espace et le temps. Sortie initialement en ligne, la pièce a déjà bénéficié d’adaptations diverses et, la normalité retrouvée, sa présentation au Mercat de les flors est une célébration et un retour à ce qui est essentiel à nos vies et aux arts vivants.

J’ai immédiatement pensé que Sasha Waltz avait inventé un nouveau langage, que chacun apprend individuellement avant de le pratiquer en commun. Étudier le catalan me permet de m’insérer dans la vie de Barcelone et de mieux improviser pour parvenir à une alchimie, une harmonie sociales. Il est évident que, pour vivre ensemble, des règles de responsabilité sont nécessaires, tout comme un espace de liberté et de flexibilité.

Le résultat fut saisissant, je suis sorti à bout de souffle, le cœur battant, le corps détrempé et dégoulinant de couleurs. J’ai eu besoin de m’adosser à un grand arbre devant le théâtre pour reprendre pied avant de rentrer, extasié, à la maison. Je crois n’avoir que peu connu ce degré d’intensité, d’émotion… comme après ma première Elektra, mon premier duo de l’acte II de Tristan

Retour en arrière — #HolaBarcelona Journal d’avril

Le processus de création d’In C m’a rappelé une aventure artistique personnelle. En juin 1991, je participais à la création d’Europeras 1 & 2 de John Cage à l’Opernhaus de Zurich. Ma collègue, Susanne Ronner Larsson, qui chantait la partie de soprano dramatique, relate son expérience dans un essai intitulé « Postmodernism and Identity. John Cage’s Europeras 1 & 2 in Zurich 1991 – when a staged anarchy creates anarchy among the participants » (Postmodernisme et identité. Europeras 1 & 2 de John Cage à Zurich 1991 – quand une anarchie mise en scène crée l’anarchie parmi les participants).

Au cours des représentations, certains des participants développèrent une approche anarchique de cet opéra postmoderne déconstruit, qui culmina par une protestation tonale de la part du groupe de cuivres, qui s’est soudainement mis à jouer une marche pendant une représentation. Peu après, John Cage écrivit une lettre ouverte à l’orchestre dans laquelle il l’accusait de déformer délibérément son œuvre. Larsson décrit et tente d’expliquer la forte réaction qu’a suscitée la participation des chanteurs et de l’orchestre de l’Opernhaus de Zurich à Europeras, et de la mettre en relation avec les intentions de John Cage en particulier et les idées postmodernes en général. 

John Cage avait été inspiré par une scène précise : 

In Seville on a street corner I noticed the multiplicity of simultaneous visual and audible events all going together in one’s experience and producing enjoyment. It was the beginning for me of theater and circus.

À Séville, au coin d’une rue, j’ai remarqué la multiplicité des événements visuels et auditifs simultanés qui se conjuguent dans l’expérience de chacun et produisent du plaisir. C’était le début pour moi du théâtre et du cirque.

L’hypothèse de Susanne Ronner Larsson est que les fortes réactions des musiciens et des chanteurs auraient été causées par leur sentiment de perte d’identité, à la fois par rapport à leur partie de la composition de l’opéra et à leur profession elle-même. J’insiste tout de suite sur le fait que j’étais probablement le seul participant à trouver l’expérience fascinante et à avoir joué le jeu

D’ailleurs, à la fin de la partie « réactions des chanteurs », ma collègue parle certainement de moi : « Les chanteurs ont vécu leur tâche comme très difficile. Ils ont dû se concentrer d’une nouvelle manière – ils ne devaient pas agir et exprimer des émotions ou interagir musicalement. Beaucoup ont réagi négativement en se considérant comme des « ordinateurs chanteurs » sans aucune possibilité de créer une déclaration artistique. Un chanteur a trouvé cela amusant mais, d’un autre côté, incompatible avec l’idée de la musique en tant qu’élément unificateur – car chacun était poussé à l’isolement. Un autre chanteur était enthousiaste, car la participation aux Europeras était pour lui l’expérience la plus importante qu’il ait jamais vécue. »

For Gilles, John Cage — Europeras 1 & 2 Opernhaus Zürich 1991
À l’issue de la première d’Europeras 1 & 2, je demandai à John Cage de signer la partition que je tenais dans la main ; il s’agissait des Nozze di Figaro. Il dit : ‘Ah, Mozart!’, la retourna, et signa ‘for Gilles, John Cage’. Puis il me regarda et dit avec malice : ‘For you, I sign twice.’ (Voilà pourquoi l’autographe de John Cage est double…)

Quand on a 24 ans, qu’on est soliste dans un des meilleurs théâtre d’opéra et qu’on a l’opportunité de créer une œuvre de John Cage, on ne peut qu’être enthousiaste ! Je me suis régalé, parce que l’aventure était inédite, parce que j’ai toujours soutenu la collaboration avec des compositeurs vivants, et qu’après avoir chanté des centaines de Zauberflöte, il me semblait qu’on pouvait bien changer un peu pour seulement 14 représentations. Je me suis fait vertement critiquer par mes collègues qui ne comprenaient pas que, moi, l’expérience m’intéressait et que je n’avais aucune intention de boycotter John Cage et son travail. Il y avait des règles du jeu, je les avais acceptées ; je voulais jouer, quel que soit le résultat final.

Susanne Ronner Larsson détaille : « Même si les paramètres indépendants et coexistants de Europeras 1 & 2 peuvent donner l’impression de faire partie d’un spectacle de cirque, ils sont tous esclaves d’un même maître, la chance. La structure de cet opéra postmoderne, un vaste montage d’éléments dérivés du monde de l’opéra à l’ère de l’échantillonnage, a été déterminée par un programme informatique aléatoire simulant le I Ching (l’ancien livre de sagesse chinois). L’opéra, qui n’est pas dirigé, est maintenu par une horloge numérique affichée sur de nombreux moniteurs vidéo, qui indique le temps écoulé entre le début de chacune des deux parties de l’opéra (Europera I et Europera II), à zéro minute et zéro seconde, et leur fin. »

Dans Europeras, contrairement à In C, nous n’avions pas à mémoriser toutes les figures ni à maîtriser tous les paramètres scéniques. En revanche, il nous était impératif d’apprendre et de respecter les facteurs de temps et d’espace. Le plateau représentait un échiquier, chaque participant était inscrit dans une partition qui précisait les déplacements, les actions, les costumes, le chant, et tout était minuté. Exemple : si vous êtes debout à 0:14:36 sur la case G3 et que vous devez être assis à 0:15:02 sur la case E8, vous avez 26 secondes pour accomplir la manœuvre. Si vous ne respectiez pas ces paramètres, vous risquiez de vous retrouver avec une partie du décor descendant des cintres, ou d’entrer en collision avec un autre participant et de le gêner sur son chemin. (Moi, je trouve cela très amusant…) Cela ne peut fonctionner que si chaque participant accepte de jouer en harmonie, et c’est là que l’anarchie s’installa.

La réaction du public lors de la soirée d’ouverture fut intense. Un critique déclara qu’il n’avait jamais vu un public de première aussi rebelle à l’opéra de Zurich. Lorsque John Cage entra en scène, il fut accueilli par des « huées » et des « bravos » tout aussi bruyants les uns que les autres, et certains chanteurs d’opéra manifestèrent leur mécontentement en sifflant ! Les réactions du public lors des autres représentations étaient variables. À mon avis (écrit SRL), cela dépendait du degré de concentration des artistes sur leur tâche. Lors des représentations où les paramètres choisis au hasard étaient respectés, les bravos dominaient, alors que lorsqu’ils étaient négligés, les huées étaient plus fortes.

Si Europeras 1 & 2 de John Cage a suscité tant de réactions négatives, c’est probablement parce que nous n’avions pas accepté de jouer ensemble. Si In C de Sasha Waltz & Guests fonctionne, c’est parce que les participants s’accordent et respectent les règles du jeu.

La maison, la ville, le monde — #HolaBarcelona Journal d’avril

La guerre qui s’est installée sur le continent européen est l’exemple, à grande échelle, de ce refus d’accepter les règles de convivialité, et se retrouve dans l’incivilité qui déborde dans nos villes. Je ne porte pas mon masque quand cela m’est exigé, je jette ma canette de bière par terre et pisse contre les containers de recyclage, je gueule à 3 heures du matin, sans me soucier de ceux qui dorment… 

Depuis que le Razzmatazz (la plus grande discothèque de Barcelone, cinq salles de concerts dont deux de 2 000 personnes) a envahi la cour intérieure de mon immeuble et ouvert un espace à l’air libre, nous, les voisins, sommes soumis à une pollution sonore infernale, à des vibrations de basses qui provoquent un effet néfaste sur le rythme cardiaque, à l’obligation de porter des tampons auriculaires pour dormir, et au spectacle matinal navrant des ordures laissées par le public… Alors, Barcelone a beau avoir été déclarée meilleure ville du monde, elle gagnerait surtout à définir et à protéger son cadre de vie.

Dans un article paru le 10 avril, l’Italien Carmelo Zappulla donna son point du vue sur Barcelone, non comme architecte, sinon comme simple citoyen :

J’ai décidé de vivre à Barcelone. Pour moi, c’est la meilleure ville où vivre. C’est une ville fantastique, adaptée au citoyen, où l’on peut se déplacer à vélo, en scooter… c’est une ville accueillante, avec un climat spectaculaire et une position privilégiée sur la Méditerranée, qui vous permet d’être connecté à toute l’Europe et au monde. Barcelone bénéficie d’une position privilégiée entre la mer et la montagne et d’une structure urbaine très claire qui lui permet d’être vivable et facile, une ville véritablement méditerranéenne. Je dis toujours qu’elle a l’informalité du sud et la structure du nord, les avantages et les inconvénients des deux mondes. Une ville très bien organisée, avec un système très fonctionnel, et d’autre part, l’informalité qui fait partie d’un système créatif. J’aimerais juste qu’il ait une meilleure qualité d’air.

Et aussi :

Les maisons doivent célébrer l’harmonie, la paix. Elles doivent être un espace chaleureux, convivial et fonctionnel, où les sens se détendent et permettent de se ressourcer pour commencer une nouvelle journée.

Dans le même magazine, la réalisatrice, scénariste et productrice Susana Guardiola (Barcelone, 1976) déclare : « Barcelone peut être une référence mondiale pour la paix ». La première personne à avoir lancé l’idée d’une culture de la paix est Federico Mayor Zaragoza, avec sa fondation basée à Barcelone. Son concept a inspiré le squelette de l’idée, pour construire une méthodologie de la paix. La paix dans le monde commence par soi-même : si cela m’arrive avec mon voisin, avec mon frère et ainsi de suite, comment peut-on l’éviter entre pays ?

De l’Espagne à l’Asie — #HolaBarcelona Journal d’avril

D’une réalisatrice à un autre, d’une guerre civile à une invasion qui nous fait frôler un troisième conflit mondial, de l’Espagne à l’Asie, mon mois d’avril a été un festival cinématographique ! Après Amos Gitai et Benjamin Britten du journal de février, voici Almodóvar et la chance de voir pour la première fois son tout nouveau Madres paralelas à la FilmoTeca. Je suis un aficionado ; le film passait deux fois, j’ai donc vu le film… deux fois ! Puis, je me suis égaré en décidant d’aller voir Annette (Leos Carax, 2021). Sandrine, à l’époque, m’avait dit qu’elle avait été enchantée. Le film était programmé et j’y suis allé, mais je m’y suis tellement ennuyé que je suis parti avant la fin (et ça, de la part d’un persévérant, ça veut tout dire…)

Les séances suivantes ont, par contre, été passionnantes, grâce au festival Tràveling Àsia à la FilmoTeca. Un vrai voyage en Asie, à travers son cinéma. J’ai donc découvert :

  • En provenance de la Corée du Sud, Da-reun na-ra-e-seo (2012), d’Hong Sang-soo, un Tati au bon goût de kimchi, avec Isabelle Huppert en tête d’affiche.
  • Du Japon, Umimachi Diary (2015), par Hirozaku Koreeda. La mémoire, le pardon, la convivialité, et toute la subtilité des relations humaines, vraie cérémonie nippone.

La même année sortait Les Délices de Tokyo, un film réalisé par Naomi Kawase, tiré du roman homonyme de Durian Sukegawa. Une merveille de douceur, tandis que la pâte de haricots rouges lentement se prépare pour les fameux dorayakis, dans un contexte de violence silencieuse. De Madres paralelas, j’ai adoré les scènes de cuisine (la tortilla de patatas), tout comme dans Umimachy Diary (en particulier la récolte des fruits du verger et la préparation des conserves), sans oublier Midnight Diner & Tokyo Stories

  • Enfin, en 3D, le très grandiose Ichimei (2011), de Takashi Miike. Remake de Hara-kiri (1962) par Masaki Kobayashi, c’est la deuxième adaptation cinématographique d’un roman de Yasuhiko Takiguchi. Bien qu’aux antipodes de Délices de Tokyo, on retrouvera un modeste gâteau de riz partagé entre père et fille d’abord, puis un autre entre futurs époux, et enfin, une pâtisserie traditionnelle en forme de feuille d’érable que l’héroïne fractionnera en trois parts dans une scène qui vous arrache le cœur. Ce dernier, de toute manière, aura déjà été bien secoué par les images de suicide rituel (d’ailleurs, ça m’énerve quand on dit hara-kiri, ça s’appelle sepuku). Quand le dénouement final surviendra, vous vous direz que si vous n’avez été que peu sensible au musical d’Annette, les histoires de l’empire du Soleil Levant vous plaisent davantage. Question de goûts, live and let live

De la lecture et du chant — #HolaBarcelona Journal d’avril

Je lis Première personne du singulier, huit nouvelles d’Haruki Murakami. Mercedes m’a prêté son exemplaire, traduit en espagnol ! J’ai un peu de peine… Quand je ne parle pas la langue d’un écrivain, j’ai tendance à le lire en anglais, quelquefois en français. Question de goût, au singulier. Le goût des mots dans leur jus originel, ou tout au moins, dans une langue neutre comme l’est l’anglais pour moi, langue que Murakami possède suffisamment pour traduire Hemingway et autres. Un Tati coréen au bon goût de kimchi, c’était distrayant ; un tanka japonais qui me donne envie de manger une part de tortilla, c’est déroutant !

Quant à la grande fête du livre et des amoureux, la Sant Jordi 2022 aura vaillamment combattu le dragon, avant de lever le camp. Ce samedi 23 avril, alors que je me faisais une joie de déambuler entre les stands des libraires et des fleuristes, une tempête s’abattit sur Barcelone. (Une autre tempête, je ne les compte plus…) Des rafales à 68 km/h, une pluie torrentielle, quelques accalmies suivies par des orages de grêle, mais surtout la tristesse de voir tous ces livres à même la chaussée, pataugeant dans les flaques d’eau… L’an prochain, je parlerai encore mieux le catalan, j’aurai terminé de lire Gabriel Ferrater et Joan Salvat-Papasseig en VO, il fera beau, Mercedes sera là et la fête de Sant Jordi n’en sera que meilleure ! 

L’an prochain, dites-vous ? Ai-je bien lu ?

Oui, l’an prochain (sauf impondérables) je serai encore à Barcelone. Je le sais parce que je me suis offert un cadeau très spécial, pour la première fois de ma vie : un abonnement à l’opéra ! Le Liceu offrait des formules totalement flexibles à prix réduit, je me suis lancé. Et quelle saison anniversaire : Don Pasquale, Il trovatore, Il trittico, Tosca, Jungle Book Reimagined (par la sensationnelle Akram Khan Company), Macbeth, 7 deaths of Maria Callas (je vais voir Marina Abramović sur scène, après l’avoir tant présentée à mes élèves), Manon, Parsifal, Orfeo ed Euridice (Gluck), Dido & Aeneas (mise en scène et chorégraphie de Bianca Li, basée sur le livret de… Sasha Waltz & Guests), et l’incoronazione di Poppea. Cette version sera probablement plus soft que celle qu’on avait pondue au KunstenFestivalDesArts… j’y chantais un taqsim en guise de monologue de Seneca et terminait le spectacle en cheffe des majorettes. Oui, de John Cage à Monteverdi, les productions iconoclastes me vont bien…

« Moment nodal où la musique de Monteverdi parvient à chanter et à émouvoir :
Solitudine amata par Gilles Denizot accompagné par la seule contrebasse »
Le Monde, 23/05/2001 (MONTEVERDI, Popée)

En inscrivant toutes ces dates sur mon calendrier, j’ai pris conscience de m’être vraiment installé à Barcelone, la meilleure ville du monde… Allez, il fait soleil, je vais à la plage… Adeu!

#HolaBarcelona Journal d’avril 2022