#HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

Arpente le Madrid d’Almodóvar entre deux cours d’arabe… pero ¡mantenga la distancia interpersonal!


Voici #HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

#HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

Le croquis sommaire, griffonné à main levée en mai, donna le ton ! Je commençais à organiser mon déménagement, en secret. Il me fallait trouver un logement, mais j’avais réussi à Madrid et je comptais bien faire de même à Barcelone. La recherche se révéla toutefois plus simple et rapide que je ne l’avais imaginée…

#HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

Les examens finaux d’arabe approchaient. Je pratiquais la calligraphie des lettres en prévision de l’épreuve écrite, de droite à gauche. Ce n’est pas ce qui me sembla le plus difficile (souvenir de l’hébreu, probablement) ; en revanche, apprendre à positionner les caractères dans l’espace approprié fut laborieux.

Aux premiers temps de l’Islam, il était interdit de dessiner des personnes ou des animaux. Tout l’investissement et le sens artistiques se virent donc dirigés vers l’écriture. La première calligraphie arabe ne comportait ni points, ni voyelles. Puis, les voyelles furent ajoutées ainsi que des points pour distinguer les différentes lettres. Ajoutons aussi que la forme des lettres est variable : isolées, ou en position initiale, médiane ou finale. À Tanger, Mercedes m’avait offert un cahier d’écriture arabe et j’en fis bon usage !

#PalabrasDelDía Julián se zambulló

Pour m’aérer la tête tout en baignant dans la tradition arabe, je passais du temps dans les jardins. Allégorie du paradis, on retrouve cette thématique du جنّة (Jannah) notamment dans la poésie et la musique :

Je fais un tour au Riadh El Ouchaq (le Jardin des amoureux).
J’entends El Hadi Jouini chanter : La nuit, au pied du jasmin… 

Mohamed Choukri, Le Temps des erreurs

Souvenirs de Tanger, donc, mais aussi d’une visite nocturne du Généralife, le palais d’été des princes Nasrides dans l’Alhambra, à Grenade. Clapotis de la fontaine, alors que j’écoutais la première partie de Noches en los jardines de España (Manuel de Falla, c. 1909-1916), justement intitulée En el Generalife. La voici, jouée à Grenade, par mon ami le pianiste Enrique Pérez de Guzmán :

Quand je retournerai à Majorque, j’irai explorer les Jardins d’Alfàbia ; à Marrakech, je reverrai ceux de l’Agdal et de Majorelle. Enfin, peut-être un jour, je découvrirai le Taj Mahal et son jardin chahar-bagh persan…

Mais à Madrid, « on vit à la Madrilène », donc on va au Retiro (et les mardis, gratuitement, au Jardín Botánico) ! Là, mollement allongé sur l’herbe, je m’exerçais à reconnaître les lettres, à mémoriser leur rasm (ou esquisse de base) pour en restituer les voyelles. Des pique-niques studieux, agrémentés de bocadillos caseros au bon pain Panifiesto, de cidre ou de thé vert froid Noche de Madrid.

À l’aller comme au retour, je ne manquais pas de changer de chemin pour découvrir d’autres recoins de la capitale.

La date fatidique de l’examen d’arabe arriva. Je tremblais à l’idée de ne pas bénéficier d’une connexion fiable au moment de l’oral, que l’interface ne fonctionne pas lors de l’épreuve écrite. Je ne pensais même pas au résultat final, déjà déçu par le manque de pédagogie du professeur, et par le peu d’enthousiasme dont je fis montre durant le trimestre. J’allais passer avec un 7/10, mention notable à des années-lumière de mon 10/10 sobresaliente d’arabe marocain à Tanger. Je m’offris tout de même un tinto de verano de consolation sur la Plaza de Agustín Lara

Si je ne me suis pas ré-inscrit, j’ai continué à étudier tous les jours et bien amélioré ma capacité à tracer les lettres arabes sur le papier… Un jour, je reprendrai les cours.

#HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

De Lavapiés à la Latina, il n’y a qu’un pas… À Plaza de la Puerta de Moros, je m’asseyais un moment au bord de la fontaine en granit poli. Installée en 1984, elle servira de décor aux premiers plans du film de Pedro Almodóvar, La flor de mi secreto (1995).

Madrid est la grande inspiration du cinéaste espagnol : « J’ai toujours trouvé dans cette ville un paysage parfait et la mauvaise faune pour chacun de mes films », dira-t-il. J’arpenterais souvent ses rues avec l’espoir d’y reconnaître un de lieux de tournage, guidé par l’exhaustif blog Todo Almodóvar ou par l’ouvrage Madrid en el cine de Pedro Almodóvar

Dans La flor de mi secreto, Marisa Paredes joue le rôle de Leo Macías, une écrivain romantique à succès sous le pseudonyme d’Amanda Gris, mais en état de crise depuis que ses romans virent du rose au noir. Au début du film, Leo Macías demande à un junkie de l’aider à enlever ses bottes serrées, en échange de quelques pièces. Il commence à pleuvoir et la scène déprimante et pathétique illustre la solitude du personnage.

Chacun promène son secret à travers Madrid. Le mien m’attirait de plus en plus souvent du côté du Museo Reina Sofía. On y présentait une Trilogía marroquí 1950-2020 tandis que (comme un clin d’œil, Plaza de Juan Goytisolo) un musicien des rues grattait le ukulélé en compagnie de sa licorne arc-en-ciel… 

À quelques mètres de là, en gare d’Atocha, les trains pour Cadix et Barcelone attendaient le voyageur… Rendez-vous en juillet !

#HolaMadrid — Juin, ou l’organisation

#LuzParaLaCañada

Le 2 octobre 2020, l’entreprise Naturgy et le Gouvernement de la Communauté de Madrid décident de couper l’électricité à près de 4 000 personnes, dont 1 800 enfants, qui vivent désormais dans l’obscurité. Cela se passe à la Cañada Real Galiana, à 12 kilomètres de la capitale, le long de l’autoroute M50 : le plus grand bidonville d’Europe occidentale.

Vingt mois plus tard, le courant n’est toujours pas rétabli. Il y a un mot pour ça en espagnol : vergüenza.