#HolaBarcelona — Septembre 2022
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#HolaBarcelona — Septembre 2022

La rentrée, après un été torride…


Cela fait un an que je vis à Barcelone, même joueur joue encore ! La partie s’organisera en trois volets : des nouveautés absolues, un voyage à Tanger, et des activités locales qui deviennent des traditions. Voici #HolaBarcelona — Septembre 2022

#HolaBarcelona — Septembre 2022 (1e partie)

La surprise

Le mois de septembre commence toujours par la Saint Gilles, mais c’est surtout l’exposition Turner au MNAC que je vais enfin pouvoir visiter (entrée gratuite le samedi). Une centaine d’œuvres de la Tate Britain ont fait le voyage à Barcelone, c’est un luxe absolu que de pouvoir les découvrir et les admirer. La journée est lumineuse, comme les toiles de celui qu’on considère comme le meilleur peintre de la période romantique pour sa maîtrise de la lumière, de la couleur et de l’atmosphère. L’exposition explore la fascination de Turner pour les phénomènes météorologiques et atmosphériques. Les tempêtes, les nuages, les arcs-en-ciel, les brouillards, les incendies et la lune sont des motifs récurrents, mais le soleil est sans aucun doute son sujet le plus cher. ‘The Sun is God’ auraient été ses derniers mots ; la dernière salle lui rend hommage avec quatre toiles éblouissantes. 

L’exposition fait réfléchir sur les conditions climatiques actuelles, sur notre rapport à la nature. La réflexion se poursuit avec El batec de la natura (Le battement de cœur de la nature), une sélection d’œuvres d’artistes catalans du 19e siècle. C’est une flânerie en plein air à laquelle nous sommes conviés, une balade à travers la campagne, des pauses bucoliques, le temps de croquer le paysage sur un carnet, des silhouettes romantiques, des aquarelles délicates, des marines mouvementées. Mon regard y cherche le point d’horizon, là où se confondent mer et ciel. Il y a des vues de la Catalogne, mais aussi une série marocaine et des représentations de nuages, accrochés tout en haut de la paroi, comme un pied de nez que j’aurai beaucoup apprécié.

Puis c’est…

La tristesse

et l’aventure d’une bulle de savon qui prend la…

…comme moi en plein milieu d’une conférence à La Central del Raval. Le programme était pourtant alléchant : un voyage musical à travers le temps (les saisons) et l’âme (les émotions), proposé par Aina Vega i Rofés (Docteur en philosophie de la musique et licenciée en Humanités à la Pompeu Fabra), Júlia Farrés-Llongueras, soprano, et Oriol Aymat, violoncelle. La concurrence était forte et le choix simple ; j’ai quitté le patio intérieur de la Central pour aller à la FilmoTeca. On y présentait Le goût des autres (Agnès Jaoui · 2000 · 112’), en présence de la réalisatrice et actrice. Le cycle qui lui est consacré propose six long-métrages. Je les verrai tous (comme ça c’est fait).

Le lendemain, inscription en faculté d’Humanités (littérature et philosophie) :

J’ai mérité la suite du cycle Jaoui, deux séances, pas moins : Place publique (Agnès Jaoui · 2018 · 99’) et Aurore (Blandine Lenoir · 2017 · 89’) dans lequel Jaoui est merveilleuse, drôle, séduisante ; un premier film réussi ! Entre les deux, j’irai m’acheter ‘La gran novel·la sobre Barcelona’ de Sergi Pàmies, un petit bouquin passionnant en catalan. On en reparlera.

Le baromètre tournait encore autour des 30°C, autant…

…en direction de la FilmoTeca et Parlez-moi de la pluie (Agnès Jaoui · 2008 · 98’)

Fin de semaine culturelle et bien agréable, grâce à la visite de Gab. Cette fois, nous irons Au bout du conte (Agnès Jaoui · 2013 · 112’) avant un concert de sardanes dans les jardins du Recinte Modernista de Sant Pau, l’exposition Teresa Lanceta. Teixir com a codi obert au MACBA (et les skaters sur le parvis), puis un petit tour à La Central où je dénicherai non sans difficulté ‘Ariadna abandonada’, Nietzsche trabaja en el mito de ma future professeur.

Pour terminer, la Diada ! J’en parlais l’an dernier, mais cette fois ce sont les géants qui sont venus à nous, alors que nous sortions du MACBA.

C’est lundi, c’est inscription au cours de catalan, niveau B1 (une erreur que de ne pas choisir une formule en ligne, je m’en souviendrai.) Qu’à cela ne tienne, un petit tour chez mon barbier Rolando me rendra beau Comme une image (Agnès Jaoui · 2004 · 110’) avant de…

La joie

C’était annoncé, après deux ans en Europe (et un concert à New York), j’ai reposé le pied en Afrique :

#Back2Africa — Tanger septembre 2022

Il me tardait de retrouver les gens et les lieux que j’ai aimés…

De cette longue liste presque complétée, j’ai surtout ressenti un immense plaisir. Partager thé et douceurs avec les amis, reprendre le rythme local avant même de sortir du terminal de l’aéroport, découvrir combien Tanger a changé en deux ans, la découvrir à nouveau, émerveillé, séduit, tenté.

Arrivé en pleine semaine culturelle, je me suis gavé d’expositions, concerts, cinéma, théâtre :

Le dégoût

Le samedi, il y eut Cône de lumière de l’artiste Amina Benbouchta, présentée à la Galerie Delacroix de l’Institut français, tandis que sur les grilles du Consulat général de France (vous ne pensiez pas tout de même que les diplos iraient jusqu’à ouvrir les grilles ? Non, vous restez dehors, manants ! Et vive la France !), sur les grilles lâchement closes donc, les photographies de Face à la mer. Un très beau regard sur le Maroc, face à la mer, seule issue possible.

Comme à l’Espace culturel Riad Sultan-Kasbah où l’on joue La mer a changé de couleur, épisode Tanger. Un titre métaphorique pour faire émerger des récits et des fictions qui racontent la présence de la migration subsaharienne dans des villes qui ne sont ni des points de départ ni nécessairement des points d’arrivée, mais des endroits de vie temporaires. Tiens, tiens… Sans oublier la grande salle de la Cinémathèque pour y voir Rebel, d’Adil El Arbi et Bilal Fallah, en version originale arabe sous-titrée en français. Je suis resté sans le souffle, avant même de remonter la rue de la Kasbah.

Le dimanche, il y eut le Parcours artistique Tanger 2022, judicieusement intitulé Être ici. Cette 4ème édition nous ouvrit les portes de huit lieux identitaires, singuliers, insolites et parfois insoupçonnés du patrimoine tangérois pour des rencontres avec 50 artistes : ancienne école, pension délaissée, ancien Monoprix fermé depuis 1950, bazar au fond d’une ruelle, villa inoccupée, prison réhabilitée en musée d’art contemporain. Il faudra que j’écrive quelque chose à ce sujet, et j’ai tellement de photos à partager… Affaire à suivre.

Je suis rentré avec des kilos d’épices, de savon noir, de benjouin, de senteurs, de fruits secs, de livres… et même une grosse branche de romarin que m’avait offerte le gardien du cimetière juif. (Là aussi, en retard d’un billet à écrire…)

Il nous reste la rumeur de Tanger, au fil de mes pas, au petit bonheur la chance…

Pas fâché d’être de retour à Barcelone (il y a toujours des choses qui me dérangent à Tanger, des aspects culturels que je n’apprécie guère, mais avec lesquels il faut bien virevolter. Une semaine suffira.)

#HolaBarcelona — Septembre 2022 (2e partie)

#HolaBarcelona — Septembre 2022

La peur

À peine descendu de l’avion, je file à l’Ateneu Barcelonès (salle Pompeu Fabra…) pour une conférence de philosophie sur la peur… en catalan ! Passer en quelques heures de la darija marocaine au catalan oriental vous remet les idées en place, c’est moi qui vous le dis. 

Je voulais faire l’expérience d’un cours magistral, donné en catalan par Bernat Castany Prado (professeur de littérature hispano-américaine et études littéraires à l’Universitat de Barcelona). Allais-je comprendre quelque chose ? Arriverais-je à prendre des notes ? Pourrais-je identifier les points faibles et renforcer ma capacité à étudier -au niveau universitaire- la philosophie et la littérature ? Cela s’est plutôt bien passé, mais continuons d’apprendre… 

De bon matin, direction Ciutat Vella pour le cours niveau B1 de catalan, nouveaux camarades de classe, nouvelle prof. Mais la journée ne s’arrête pas là, j’ai surtout (et enfin) accès à la vaccination contre la variole du singe, le fameux monkeypox qui nous a paralysé tout l’été, à nous les vieux de plus de 40 ans. La gestion de cette crise sanitaire a été en dessous de tout. Tandis que la planète gay venait se trémousser à Barcelone, les locaux de plus de 40 ans étaient censés pratiquer l’abstinence et éviter d’avoir une vie. Ben voyons… Et la tristesse de constater, chez les jeunes, la peur d’une maladie inconnue, terriblement stigmatisante. « Mais vous êtes sur la liste, mon cher Monsieur, vous êtes sur la liste des prochains vaccinés », répètent-ils depuis des mois.

Dûment vacciné et masqué, voici la grande fête de la Mercè, la patronne de Barcelone. Profitant de la tradition des Portes Ouvertes, j’ai réservé un billet gratuit pour visiter la Fundació Joan Miró. Je ne m’y étais encore jamais rendu. J’y suis tombé amoureux d’un grand triptyque qui me plait tant que je songe à me vêtir de noir pour le subtiliser, une nuit prochaine…

#HolaBarcelona — Septembre 2022

Je m’oriente dans le campus universitaire pour trouver la salle 20.051. Victoria Cirlot entre. J’ai dévoré son livre sur Ariadne et Nietzsche, j’ai hâte de l’entendre parler, d’apprendre comment elle enseigne. ¡Buenos días! Dès ce moment, et pendant deux heures (elle ne prend pas de pause, elle termine un peu plus tôt, maîtrise magistrale du temps et du contenu) la connaissance se répand dans la salle, tant de concepts, tant d’acuité. C’est proprement prodigieux, je suis absolument fasciné. Assis dans la cour, je me sens ivre de savoir. Cela me manquait.

Deux heures plus tard, passant du castillan à l’anglais, première session de Philosophy of Emotions, avec Marta Jorba Grau. Réminiscences de mon temps au Collège Calvin, les cours d’histoire de l’art par Madame Jorre de Saint-Jorre (je ne vous la fais pas), de littérature française par la poète, auteure de théâtre, essayiste et critique Sylviane Dupuis, de philosophie…

Enfin, pour terminer le mois de septembre, la visite du Museu Etnològic i de Cultures del Món et l’exposition Dones. Imatges fragmentades avec la classe de catalan…

La colère

Cette visite m’a énervé, je suis allé changer d’air chez Finestres pour une rencontre avec Nadia Hafid à l’occasion de la sortie de sa seconde bande dessinée : Chacales. Mais qui sont-ils, ces chacals ? Trois personnes qui se sentent incapables de gérer leur frustration, leur tristesse et leur colère face à des perspectives d’avenir inexistantes. Lorsque le rejet, l’injustice et l’inégalité l’emportent sur la raison, il n’y a qu’une seule solution : tout faire sauter. 

Après la peur, avant l’ennui, la colère pointe ; le voyage au pays des émotions ne fait que commencer… 

#HolaBarcelona — Septembre 2022