#HolaMadrid — Mai, ou le croquis

#HolaMadrid mai croquis

Un plan sommaire commence à se dessiner… Madrid, son jardin botanique, sa maison arabe, ses trains rapides vers Barcelone, pour échapper au diable de Picabia et rester nomade…


Voici #HolaMadrid — Mai, ou le croquis

#HolaMadrid — Mai, ou le croquis

C’est une citation de Francis Picabia qui ouvrit le bal.

Son père avait émigré à Madrid, mais son fils, un nomade, vécut à Paris, New York, Barcelone, Zurich (tiens, tiens…). Les liens de Francis avec Barcelone furent particulièrement étroits et la ville représenta une destination clé dans ses pérégrinations créatives. En 1915 et 1916, alors que l’Europe est en pleine guerre, Picabia, comme de nombreux autres créateurs, s’exile volontairement à Barcelone. Je n’y suis pas encore. 

Mon antipathie envers la capitale espagnole se reconnait dans cette phrase « Madrid, Le diable me suit jour et nuit parce qu’il redoute d’être seul. » La propension de certains à me suivre jour et nuit commence à me pourrir la vie. Je ne redoute pas d’être seul et, comme Picabia, éternel solitaire, le disait aussi, « Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues. » Je ne suis certainement pas aussi anti-conformiste qu’il le fut, mais être nomade, ça, oui !

Pour fausser compagnie aux importuns, « la seule façon d’être suivi est de courir plus vite que les autres », préconisera Picabia. J’ajouterai qu’il faut aller là où personne n’ira : le Real jardín botánico est un de ces havres de paix à Madrid. Jamais on ne m’y dénichera, jamais on ne souhaitera m’y accompagner. CQFD. Alors j’y retournerai pour échapper aux cris des sauvages de Lavapiés, déambuler dans les allées fleuries, m’assoir sur un des bancs, écouter le clapotis de fontaines où les canards plongent leur tête moirée tandis que je poursuis la lecture de ‘Mujer de frontera’, d’Helena Maleno Garzón… J’irai aussi au Parc de la Bonne Retraite avec mon maté et mon tapis de yoga, mais le Retiro fait peine à voir depuis FIlomena et, s’il faut choisir, je lui préférerai toujours le jardin botanique.

#HolaMadrid — Iris party

#HolaMadrid — Mai, ou le croquis

Je vous le disais en avril, à deux pas du Retiro se trouve la Casa Árabe (e Instituto Internacional de Estudios Árabes y del Mundo Musulmán). Quand j’habitais Tanger et que je cherchais à apprendre l’arabe classique, il y avait soit des professeurs barbus, soit des classes physiques à Madrid. Maintenant que je suis à Madrid et que je pourrais facilement être en classe, les cours sont en ligne, Covid oblige. C’est à se taper la tête contre les murs. Je m’inscris donc en Árabe moderno estándar · AME I en croisant les doigts pour que mon professeur soit compétent et inspirant, autant que faire ce peu. Bueeeeeno, je me retrouverai dans un groupe bien sympathique, tous débutants en arabe, mais décidés à apprendre coûte que coûte. Notre professeur vient de Tunisie ! Je me dis que nous aurons des atomes crochus, que nous échangerons peut-être un peu sur le pays de mes origines, qu’il désirera savoir pourquoi je suis capable de me présenter de manière peut-être plus fluide que mes camarades de classe virtuelle, pourquoi sans y prêter gare, ce sont des expressions typiquement dialectales qui surgissent. Mais non, cela ne semble éveiller aucune curiosité de sa part. Les cours se succèdent… Je me mets à regretter amèrement Ouassima, ma prof d’arabe darija. On dira ce qu’on voudra, pas une leçon à Tanger ne commençait sans nous accoutumer aux formules basiques : 

As-alamu alaikum… Alaikum as-salam
Labas? Labas 3lik?
Kif tina?
(Kulchi) Labas, hamdulah, hamdulilah

À Madrid, le cours commençait en retard (notre pauvre professeur était censé terminer un cours au moment où il devait commencer le notre. Cela ne peut pas fonctionner, n’importe quelle jefa de estudios vous le dira.) Quand, enfin, la salle de classe virtuelle s’ouvrait, nous entendions un ‘Hola, chicos!’ (en espagnol dans le texte) suivi sans faillir d’un ‘bon, qu’avons-nous vu la semaine dernière ?’ (id.) Pas même un maigre ٱلسَّلَامُ عَلَيْكُمْ pour faire authentique, voire utile.

Rapidement, à Tanger, nous fûmes capables de nous présenter :

Ana ismi (yo me llamo)
Chenu ismek? (cómo te llamas)
Ana ismi Juan (yo me llamo Juan)
Mnayen ntina? (¿de dónde eres?)
Ana men spania (soy de España)
Fayen kateskon? (¿dónde vives?)
Ana kaneskon f chari3 Mohamed V (yo vivo en Av. Mohamed V)

Quand vint l’examen oral à Madrid, chacun se rendit compte, mais un peu tard, que nous n’avions pas acquis les réflexes basiques pour nous présenter. Une légitime panique s’empara du groupe… à laquelle on nous rétorquait ‘Pero es fácil’. Ce qui n’est pas facile, en tout cas, c’est de réunir un groupe de gens désireux d’apprendre l’arabe. Il y avait une journaliste de Madrid, un banquier français travaillant pour une organisation non-gouvernementale, une travailleuse sociale qui voulait apprendre les rudiments de conversation pour aider des migrants, une étudiante en droit, une jeune femme du Mexique… bref, tout un panel de gens qui n’ont aucune obligation d’apprendre l’arabe et qui ont donné leur meilleur, et à qui l’on disait ‘Hola, chicos!’ et ‘C’est facile.’ Combien continueront ?

Décidément, je ne comprends plus rien à l’enseignement, à la pédagogie. (J’insérerais bien quelques insultes en arabe, mais je les réserve pour le journal de juin et les fameuses épreuves orale et écrite.)

#HolaMadrid — Mai, ou le croquis

Et le croquis dans tout cela ? 

#Off2Europe — Deuxième escapade à Barcelone

Quoi de plus simple ? Être nomade, courir plus vite que les autres, fausser compagnie en prétendant aller au jardin botanique ou au Prado, mais pousser jusqu’à Atocha et sauter dans le premier train rapide à destination de Barcelona ! Ni vu ni connu et le tour est joué ! Griffonner à main levée un plan sommaire : et si je m’installais à Barcelone, non plus en couple, mais en éternel solitaire ?

#HolaMadrid — Mai, ou le croquis

#LuzParaLaCañada

Le 2 octobre 2020, l’entreprise Naturgy et le Gouvernement de la Communauté de Madrid décident de couper l’électricité à près de 4 000 personnes, dont 1 800 enfants, qui vivent désormais dans l’obscurité. Cela se passe à la Cañada Real Galiana, à 12 kilomètres de la capitale, le long de l’autoroute M50 : le plus grand bidonville d’Europe occidentale.

Dix-neuf mois plus tard, le courant n’est toujours pas rétabli. Il y a un mot pour ça en espagnol : vergüenza.